
En 2025, 1,636 milliard de feuilles de soins électroniques ont transité par le réseau SESAM-Vitale. Quarante ans plus tôt, pas une seule : l’infirmière libérale remplissait ses feuilles à la main, au stylo, entre deux visites. Entre ces deux mondes, la profession a changé de statut, de compétences, d’outils et même de place dans le système de santé. Textes officiels et chiffres de l’Assurance maladie à l’appui, La Ruche retrace ces quatre décennies pour comprendre d’où viennent vos outils et vos règles d’aujourd’hui, et ce qui se joue pour demain.
À quoi ressemblait l’exercice libéral au temps du papier (1986-1995) ?
Au milieu des années 1980, l’infirmière libérale est une figure minoritaire de la profession. Selon la DREES, seuls 10 % des infirmiers exercent en libéral en 1988, et les recensements officiels en dénombrent 37 083 en métropole en 1990. Le cadre de leur rémunération existe déjà : la Nomenclature générale des actes professionnels (NGAP), en vigueur depuis 1972, organise la facturation autour des lettres-clés AMI (actes médico-infirmiers) et AIS (actes infirmiers de soins).
Le cadre professionnel, lui, vient tout juste de se construire. La loi du 31 mai 1978 a donné pour la première fois une définition légale de la profession et reconnu à l’infirmière un rôle propre, distinct de l’exécution des prescriptions. Les décrets d’actes professionnels se succèdent ensuite (1981, 1984, puis 1993) pour préciser ce que vous êtes autorisée à faire, seule ou sur prescription.
Au quotidien, tout passe par le papier. La feuille de soins est remplie à la main, actes et coefficients recopiés ligne par ligne, puis adressée à la caisse. Le suivi des règlements se fait sur cahier, les erreurs se découvrent des semaines plus tard. Ce circuit lent a laissé des traces durables : en 2021 encore, une question parlementaire évaluait à environ 18 jours le délai moyen de remboursement d’une feuille papier.
⚠️ Le contrôle de l’activité n’est pas une invention récente. Dès décembre 1991, un protocole d’accord fixe un seuil de 22 000 coefficients AMI et AIS par an et par infirmière, avec reversement au-delà. Le ministère estimait alors que ce plafond concernait environ 5 % des IDEL. La logique de maîtrise des dépenses qui fonde aujourd’hui les contrôles CPAM était déjà à l’œuvre.
Comment la carte Vitale a-t-elle fait basculer la facturation (1996-2007) ?
Le virage se prépare dès 1993, avec la création du GIE SESAM-Vitale et du GIP chargé de la carte de professionnel de santé (CPS). Il devient une obligation avec l’ordonnance n° 96-345 du 24 avril 1996, l’une des ordonnances dites Juppé. Le texte fixe un cap précis : au 31 décembre 1998, chaque professionnel doit pouvoir émettre, signer et transmettre des feuilles de soins électroniques, disposer de sa CPS, et chaque assuré de sa carte électronique. À partir du 1er janvier 2000, celles et ceux qui ne télétransmettent pas doivent contribuer aux frais de gestion du papier.
Le calendrier est tenu côté assurés : le déploiement national de la carte Vitale démarre en avril 1998, et environ 39 millions de cartes sont diffusées en un an. En novembre 1998, la première FSE transite avec succès. Côté professionnels, la bascule est plus progressive. En juillet 1999, le ministère recense 60 000 CPS diffusées et 6 500 médecins qui télétransmettent ; les infirmières ne figurent même pas dans le bilan.
Pour les cabinets infirmiers, ce retard s’explique par une réalité que vous connaissez bien : la facturation se fait au domicile du patient, loin d’un ordinateur de bureau. Il faut attendre les terminaux lecteurs applicatifs (TLA), ces lecteurs portables capables de facturer sans ordinateur, et des logiciels pensés pour la tournée pour que la FSE devienne naturelle. Le cahier des charges SESAM-Vitale 1.40, publié en avril 2003, structure ces échanges pour les deux décennies suivantes. En mai 2007, la carte Vitale 2, avec photo, commence à remplacer la première génération.
Le rattrapage reste incomplet longtemps. Selon la Cour des comptes, en 2008-2009, le taux global de télétransmission atteint 84 %, mais 22 % des infirmiers n’émettent encore aucune FSE.
| Indicateur | Feuille papier | FSE |
|---|---|---|
| Coût de traitement pour l’Assurance maladie | 1,74 € | 0,27 € |
| Délai de remboursement | environ 18 jours en moyenne | environ une semaine |
| Volume annuel | environ 150 millions de feuilles (2009) | 1,636 milliard de FSE (2025) |
💡 Bon à savoir : ces coûts de traitement figurent toujours sur la page télétransmission d’ameli. Ils expliquent pourquoi l’Assurance maladie conditionne une partie de vos aides, comme le forfait d’aide à la modernisation et à l’informatisation (FAMI), à un taux de FSE d’au moins 70 %.
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Comment la profession s’est-elle structurée dans les années 2000 ?
Pendant que la facturation se dématérialise, le socle juridique de votre exercice se consolide. Le décret n° 2002-194 du 11 février 2002 réécrit les actes professionnels et renforce la place de la prévention et du dépistage. Deux ans plus tard, le décret n° 2004-802 du 29 juillet 2004 intègre ces règles au Code de la santé publique, aux articles R.4311-1 et suivants, que vous citez encore aujourd’hui pour justifier un acte relevant de votre rôle propre. Pour la prise en charge des patients dépendants, la démarche de soins infirmiers (DSI) s’impose comme l’outil de référence de la décennie, avant d’être remplacée par le BSI.
La profession se dote aussi d’institutions. La loi n° 2006-1668 du 21 décembre 2006 crée l’Ordre national des infirmiers, dont le premier Conseil national est élu le 25 novembre 2008. Entre-temps, le 22 juin 2007, l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (UNCAM) et quatre organisations syndicales signent la convention nationale des infirmières libérales, approuvée par arrêté du 18 juillet 2007. C’est encore elle, enrichie de onze avenants, qui encadre votre exercice en 2026.
Son premier avenant, signé le 4 septembre 2008, introduit la régulation démographique : l’installation est désormais encouragée dans les zones sous-dotées et encadrée dans les zones surdotées. Il s’accompagne d’une revalorisation qui porte l’AMI de 3,00 € à 3,15 € au 15 avril 2009. Ce montant restera figé pendant plus de dix-sept ans. Enfin, la loi HPST du 21 juillet 2009 ouvre, avec son article 51, la voie aux protocoles de coopération entre professionnels de santé, première brèche dans le partage des compétences avec les médecins.
| Date | Valeur de l’AMI | Texte de référence |
|---|---|---|
| 1999 | 17,50 F (environ 2,67 €), contre 16,50 F auparavant | Réponse ministérielle, JO du 26/11/2001 |
| 15 avril 2009 | 3,15 € | Avenant 1 à la convention de 2007 |
| 1er novembre 2026 | 3,35 € | Avenant 11 |
| 1er novembre 2027 | 3,45 € | Avenant 11 |
Comment l’e-santé et la loi infirmière redessinent-elles le métier depuis 2020 ?
Les années 2020 ne sont plus celles d’un outil numérique ajouté à l’exercice : le numérique devient l’environnement de travail lui-même. Dans le même mouvement, la loi reconnaît à l’infirmière une autonomie clinique qu’aucun texte ne lui accordait jusque-là.
Un écosystème numérique enfin connecté
Le décret du 3 juin 2021 ouvre le télésoin aux auxiliaires médicaux, puis les avenants 8 et 9 en fixent les règles : quatre actes cotés TMI à la valeur de l’AMI, dans la limite de 20 % de votre activité, et un accompagnement à la téléconsultation rémunéré de 10 à 15 € selon le lieu (TLS, TLL, TLD). Fin octobre 2021, les infirmières rejoignent le répertoire RPPS, ce qui leur ouvre l’e-CPS, Pro Santé Connect et la messagerie sécurisée MSSanté. Fin janvier 2022, Mon espace santé est lancé et intègre le DMP ; quatre ans plus tard, il compte 24 millions de profils activés et environ 150 000 libéraux l’alimentent.
Deux chantiers touchent directement votre tournée. L’ordonnance numérique, prévue par l’ordonnance n° 2020-1408 du 18 novembre 2020 avec une échéance initiale au 31 décembre 2024, monte en charge plus lentement que prévu, mais elle a déjà donné lieu à 100 millions d’appels de création en 2025. L’application carte Vitale, ouverte à tous les assurés le 18 novembre 2025, compte 2,27 millions d’activations fin 2025. Pour l’accepter, votre logiciel doit intégrer l’Addendum 8 et votre lecteur savoir lire un QR code ou une puce NFC.
➡️ Pour aller plus loin : l’application carte Vitale expliquée aux infirmières libérales.
La fin des TLA
Ce virage vers la mobilité signe aussi la fin d’un outil qui a accompagné des milliers de tournées : le TLA, ce lecteur autonome qui permettait de facturer au domicile du patient. Ses homologations ont pris fin en juillet 2021 et sa commercialisation en juillet 2023. Selon le GIE SESAM-Vitale, le TLA est désormais obsolète : ses mises à jour réglementaires et techniques ont cessé le 1er juillet 2025, et les flux de facturation qu’il produit seront rejetés par l’Assurance maladie à partir du 15 janvier 2028.
La relève est assurée par des solutions mobiles : un lecteur de carte Vitale aux normes PC/SC, connecté en Bluetooth à un smartphone ou une tablette. Pour le GIE SESAM-Vitale, ce sont les seules solutions capables de garantir le niveau de protection des données exigé par l’ANSSI pour les factures réalisées en visite.
⚠️ Point de vigilance : jusqu’au 15 janvier 2028, votre TLA fonctionne toujours et vos lots ne sont pas rejetés. Mais il ne suit plus les évolutions réglementaires et techniques. Le GIE SESAM-Vitale recommande d’anticiper le changement sans attendre la dernière minute, pour éviter l’engorgement des fournisseurs à l’approche de l’échéance.
➡️ Pour aller plus loin : fin des TLA, tout ce qui change pour les infirmières libérales.
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Des compétences inédites, une rémunération repensée
Le décret n° 2023-736 du 8 août 2023 vous autorise à prescrire et administrer les vaccins du calendrier vaccinal dès 11 ans, hors vaccins vivants atténués chez les personnes immunodéprimées. La loi Rist du 19 mai 2023, puis le décret du 20 janvier 2025, ouvrent l’accès direct aux IPA en exercice coordonné.
Le vrai tournant reste la loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 sur la profession d’infirmier. Pour la première fois, la consultation infirmière, le diagnostic infirmier et la prescription de certains produits et examens sont inscrits dans la loi. Le décret du 24 décembre 2025 réécrit les articles R.4311-1 à R.4311-6 du Code de la santé publique, et deux arrêtés du 26 juin 2026 fixent la liste des actes et celle des produits que vous pouvez prescrire.
L’avenant 11, signé le 31 mars 2026 et approuvé au Journal officiel du 6 mai 2026, traduit ces avancées en rémunération : 500 millions d’euros sur 2026-2029, un statut d’infirmière référente pour les patients en ALD, l’accès direct pour les plaies non chirurgicales et une première consultation infirmière cotée (CIA, 20 €) pour l’accompagnement des patients diabétiques de type 2 récemment mis sous insuline. Après dix-sept ans de gel, l’AMI et l’AMX passent à 3,35 € le 1er novembre 2026, puis à 3,45 € le 1er novembre 2027.
➡️ Pour aller plus loin : l’avenant 11 infirmier décrypté.
Qu’est-ce qui n’a pas changé en quarante ans ?
L’essentiel, au fond. Le soin se décide toujours au domicile du patient, souvent seule, et la NGAP reste la grammaire de votre rémunération. Ses règles les plus redoutées, comme le cumul d’actes de l’article 11B des dispositions générales (le second acte facturé à 50 %), s’appliquent de la même façon que vous facturiez sur papier ou depuis une application.
La responsabilité de la cotation, elle non plus, n’a pas été dématérialisée. Un logiciel peut signaler une incohérence, bloquer un cumul interdit ou vous rappeler l’échéance d’un BSI, mais c’est votre carte CPS qui signe la FSE. En cas de contrôle, la CPAM examine vos actes, vos prescriptions et vos justificatifs, pas votre outil. La télétransmission a même rendu ces contrôles plus simples à mener : vos données de facturation sont exhaustives, datées et comparables d’une infirmière à l’autre.
⚠️ Ce qui protège réellement d’un indu : une prescription conforme et à jour, une cotation qui correspond exactement à l’acte réalisé, des transmissions traçables et des pièces SCOR lisibles. Le numérique rend ces bonnes pratiques plus faciles à tenir ; il ne les rend pas facultatives.

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Comment CBA accompagne-t-elle les infirmières libérales depuis 40 ans ?
L’histoire de CBA commence exactement là où commence cet article : sur une feuille de soins papier. En 1986, Marc et Cécile Birling fondent CBA à Robion, dans le Vaucluse. Un infirmier libéral, las de rédiger ses factures à la main, rencontre Marc Birling ; de cette rencontre naît le premier logiciel de facturation de l’entreprise. Le principe fondateur est posé : partir du terrain infirmier, et non l’inverse.
Chaque grande étape de la profession trouve ensuite un écho dans l’histoire de l’entreprise. En 2000, année où la télétransmission devient la norme sous peine de contribution financière, CBA lance Agathe Millénium, qu’elle présente comme le premier logiciel dédié aux IDEL. En 2006, le lecteur INDI, doté d’un logiciel embarqué, répond au problème qui freinait l’adoption de la FSE chez les infirmières : facturer au domicile du patient. Suivent My Agathe en 2007, My Agathe Connect en 2012 et My Agathe e.motion en 2016, au moment où la deuxième génération, avec Caroline Moga-Birling, reprend les rênes de l’entreprise familiale.
La décennie 2020 accélère le mouvement. CBA obtient la certification hébergeur de données de santé (HDS) et la norme ISO 27001, puis lance agathe YOU en octobre 2021. Le logiciel est aujourd’hui agréé SESAM-Vitale, compatible DMP et ADRi, et a intégré l’Addendum 8 pour accepter l’application carte Vitale dès son ouverture à tous les assurés. L’entreprise s’est aussi élargie au-delà de la facturation : la Garantie de paiement pour la gestion des impayés, Horizon Libéral pour l’installation et la comptabilité IDEL et le lecteur Bloomy en 2025. Puis, en 2026, l’arrivée de Medicalib et de la plateforme de prélèvement à domicile P-A-D de SIL-LAB innovations dans l’offre agathe YOU care.
Quarante ans après Robion, l’entreprise compte environ 300 collaborateurs et plus de 50 000 utilisateurs. Le terrain, lui, est resté le même : l’infirmière libérale, sa tournée et ses patients.
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Chaque tournant du métier a trouvé sa réponse chez CBA
| Période | Le métier | CBA |
|---|---|---|
| 1986-1995 | Feuilles de soins remplies à la main ; NGAP, lettres-clés AMI et AIS ; 37 083 IDEL en métropole (1990) | 1986 : création à Robion (Vaucluse) ; premier logiciel de facturation, né de la demande d’un infirmier |
| 1996-2009 | 1996 : ordonnances, télétransmission ; 1998 : carte Vitale et première FSE ; 2007 : convention ; 2009 : AMI à 3,15 € | 2000 : Agathe Millénium, dédié aux IDEL ; 2006 : lecteur INDI pour le domicile ; 2007 : My Agathe |
| 2010-2019 | 2013 : SCOR, ordonnances numérisées ; 2018 : décret sur la pratique avancée ; 2019 : avenant 6, BSI et FAMI | 2012 : My Agathe Connect ; 2016 : My Agathe e.motion ; deuxième génération à la direction |
| 2020-2026 | 2025 : loi infirmière du 27 juin ; 2025 : appli carte Vitale pour tous ; 2026 : avenant 11, AMI à 3,35 € | 2021 : agathe YOU ; 2025 : Horizon Libéral, lecteur Bloomy ; 2026 : Medicalib et P-A-D rejoignent l’offre |
💡 Votre facturation, prête pour les quarante prochaines années. Revalorisation de l’AMI au 1er novembre 2026, nouvelles consultations infirmières, application carte Vitale, ordonnance numérique : chaque évolution réglementaire se traduit par des mises à jour dans votre logiciel. agathe YOU intègre ces changements au fil de l’eau, sécurise vos cotations par des contrôles de cohérence et vous laisse vous concentrer sur vos patients.
📃 Sources :
- Ordonnance n° 96-345 du 24 avril 1996 (AP-HP, affaires juridiques)
- GIE SESAM-Vitale
- Cour des comptes, rapport public annuel 2010, systèmes de carte d’assurance maladie
- Sénat
- DREES
- ameli
- Assurance maladie
- Ordre national des infirmiers




