Les troubles musculosquelettiques, ou TMS, font partie des risques professionnels les plus fréquents dans les métiers du soin. Et quand on exerce en libéral, ils prennent souvent une place encore plus insidieuse : on continue à travailler malgré la douleur, on adapte ses gestes comme on peut, on repousse la consultation… jusqu’au moment où le corps ne compense plus.
Chez les infirmières libérales, le sujet est loin d’être théorique. Les tournées s’enchaînent, les entrées et sorties de voiture se répètent des dizaines de fois par jour, les toilettes demandent parfois de travailler dans des espaces étroits, les transferts de patients se font sans aide technique, et certaines journées imposent un rythme difficilement tenable. Or les TMS ne surviennent pas uniquement après un faux mouvement. Ils s’installent souvent progressivement, à force de gestes répétés, de postures contraignantes, de manutentions, mais aussi d’organisation sous tension et de fatigue accumulée.🏃🏼♀️
Troubles musculosquelettiques : de quoi parle-t-on exactement ?
Les TMS (troubles musculosquelettique) regroupent un ensemble d’atteintes qui concernent l’appareil locomoteur, en particulier les muscles, les tendons, les nerfs et certaines structures articulaires. Ils touchent fréquemment le dos, les épaules, les coudes, les poignets, les mains, mais aussi parfois les genoux. L’activité professionnelle n’est pas toujours l’unique cause, mais elle peut clairement jouer un rôle dans l’apparition, le maintien ou l’aggravation de ces troubles.
Ce qu’il faut retenir, c’est que les TMS ne sont pas seulement liés à un effort trop important. Les organismes de référence décrivent une origine multifactorielle. Il y a les facteurs biomécaniques, bien sûr : porter, pousser, tirer, se pencher, maintenir une posture inconfortable, répéter toujours les mêmes gestes. Mais il y a aussi des facteurs psychosociaux et organisationnels : surcharge, rythme, manque de marges de manœuvre, interruptions, fatigue, pression temporelle, isolement professionnel. Autrement dit, on ne prévient pas les TMS uniquement avec de meilleures chaussures ou en pensant à plier les genoux.
Pourquoi les IDEL sont particulièrement exposées
L’exercice en libéral cumule plusieurs situations à risque. D’abord, le travail au domicile oblige à s’adapter à des environnements qui n’ont pas été pensés pour le soin : salle de bain exiguë, lit trop bas, absence de matériel, pièces encombrées, peu d’espace pour se positionner correctement. Ensuite, certaines interventions impliquent de la mobilisation de patients, parfois sans aide humaine ni technique. Enfin, la journée d’une IDEL est rarement linéaire : conduite, station debout, piétinement, manutention du matériel, contraintes horaires, imprévus, fatigue de fin de tournée.
C’est précisément ce qui rend le risque trompeur. Aucun geste n’est forcément spectaculaire, mais l’addition des micro-contraintes finit par peser lourd. Monter des étages, s’accroupir pour un pansement, se pencher au-dessus d’un lit, porter une mallette, pivoter pour sortir du véhicule, travailler sans vraie pause… Le problème n’est pas seulement l’intensité d’un effort, mais sa répétition et le fait qu’il s’inscrive dans des journées longues, parfois plusieurs années durant.
Reconnaître les symptômes des troubles musculosquelettiques
Les premiers symptômes sont souvent banalisés. Une douleur dans le bas du dos après la tournée. Une gêne à l’épaule en levant le bras. Une raideur au poignet. Des fourmillements dans les doigts. Une sensation de brûlure, de tension ou de perte de force. Au début, cela disparaît après le repos. Puis la gêne devient plus fréquente, revient plus vite, dure plus longtemps, et finit parfois par perturber le travail ou le sommeil. Les TMS peuvent se traduire par des lombalgies, des tendinopathies, un syndrome du canal carpien, des douleurs cervicales ou d’épaule, entre autres.
Les IDEL loin d'être épargnées
Les IDEL par leur travail physique sont une population souvent touchée par les TMS. Parmi les efforts physiques, on peut parler du poids à soulever lorsque vous faites des toilettes, des nombreux étages à monter, et ceci sur une plage horaire étendue.
Un mouvement, anodin en apparence, comme rentrer et sortir de sa voiture peut devenir une véritable épreuve. En moyenne, vous visitez 35 patients par jour. Cela signifie donc que vous rentrez et sortez de votre voiture au moins 70 fois par jour ! Le geste n'est alors plus si banal que ça !

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Martine nous explique « Arrivée à l'âge de 50 ans, j'ai commencé à avoir systématiquement mal au dos pendant mes tournées. L'idée même de devoir entamer ma tournée me donnait des sueurs froides car je savais la douleur que cela allait me causer. Le paracétamol n'a pas suffit et j'ai fini par devoir me mettre en arrêt. Depuis je me fais suivre par un kinésithérapeute. »
Comment les prévenir ?
La prévention ne repose pas sur une recette miracle. En revanche, plusieurs ajustements concrets peuvent faire une vraie différence lorsqu’ils sont appliqués régulièrement.
Le premier levier, c’est l’environnement de travail, y compris le véhicule
Quand on entre et sort de sa voiture des dizaines de fois par jour, le choix d’un véhicule trop bas ou peu pratique devient un facteur de contrainte réel. Il faut privilégier une installation qui limite les torsions, facilite l’accès au matériel et évite les mouvements inutiles. Ce sont des détails en apparence, mais répétés quotidiennement, ils comptent. Cette logique vaut aussi pour l’organisation de la mallette, le rangement du coffre et la façon de transporter son matériel. L’objectif est simple : réduire les gestes parasites et les efforts évitables.
Le deuxième levier, c’est l’adaptation du soin au domicile réel du patient
Avant de commencer, il est utile d’observer rapidement la configuration du lieu et de se demander :
- où puis-je me placer ?
- puis-je rehausser ma position ?
- ai-je besoin d’un tabouret ?
- puis-je demander au patient de se repositionner ?
- faut-il déplacer un objet gênant ?
Dans de nombreux cas, quelques secondes de préparation évitent plusieurs minutes passées dans une posture délétère. Les organismes de prévention insistent justement sur l’importance d’agir sur les situations de travail et pas uniquement sur la technique corporelle du soignant.
Le troisième levier concerne la mobilisation et les transferts
Dans l’aide et le soin à la personne, l’objectif n’est plus seulement de “bien porter”, mais de limiter au maximum le port manuel lorsque cela expose inutilement. L’INRS rappelle l’intérêt d’une démarche centrée sur l’accompagnement de la mobilité de la personne aidée, avec des stratégies qui sécurisent à la fois le patient et le soignant. En clair, il faut chercher à faire participer le patient quand c’est possible, utiliser les aides disponibles, anticiper la séquence du geste et éviter de se retrouver seule à compenser une situation mal préparée.
Le quatrième levier, souvent sous-estimé, est l’organisation de la journée
Enchaîner les soins les plus physiques sans respiration, multiplier les kilomètres ou accepter durablement des amplitudes trop lourdes crée un terrain favorable aux TMS. La prévention passe aussi par une réflexion sur la tournée, les horaires, les temps de récupération, la variété des tâches et l’anticipation des situations les plus pénibles. Ce point peut sembler moins concret qu’un conseil de posture, mais il est aujourd’hui reconnu comme central dans la prévention.
Des petites astuces du quotidien peuvent vous aider à soulager vos articulations
Tout d'abord, choisissez bien votre véhicule : pas trop bas, avec 5 portes pour éviter de se contorsionner pour prendre sa mallette, et en plus les portes sont moins lourdes ! L'idée est d'avoir un véhicule confortable qui vous permet d'y entrer et sortir facilement.
Chez le patient, on essaie, dans la mesure du possible bien sur, d'être à l'aise pour faire le soin. Vous devez vous mettre à genoux pour un pansement ? Demandez à votre patient s'il n'a pas un petit coussin à placer sous vos genoux. Vous devez faire une piqûre ? Peut-être que vous pouvez emprunter un tabouret pour vous installer.
Dans tous les cas, n'oubliez pas de serrer les abdos et de faire travailler vos jambes plutôt que votre dos pour soulever du poids.
Enfin, puisque c'est la base, chaussez-vous de manière adaptée : confortablement pour vous garantir de bons appuis !
Comment les traiter ?
Quand un TMS s’installe, le bon réflexe n’est pas de “tenir coûte que coûte” en attendant que ça passe. Il faut d’abord faire évaluer la situation par un professionnel de santé afin de distinguer une douleur ponctuelle d’un trouble en voie de chronicisation. Selon les cas, la prise en charge pourra associer avis médical, kinésithérapie, adaptation de l’activité, traitement symptomatique ou réorganisation temporaire de certaines tâches.
Sur ce point, les recommandations récentes invitent à sortir d’une logique de repos strict prolongé, surtout en cas de lombalgie commune. Le maintien ou la reprise d’une activité physique et professionnelle adaptée est généralement préférable lorsqu’elle est possible, car l’inactivité prolongée favorise la chronicisation. Cela ne signifie pas qu’il faut forcer dans la douleur, mais qu’il faut chercher les bonnes conditions de reprise, avec des ajustements réalistes.
Les conseils d’autosoins comme le chaud, le froid ou certains médicaments peuvent parfois soulager, mais ils ne règlent pas le fond du problème si les contraintes qui ont provoqué la douleur restent inchangées. Le vrai enjeu est donc double : soigner et modifier ce qui, dans l’exercice quotidien, entretient la douleur.
Si le mal est fait, alors le mieux est encore d'aller consulter votre médecin ou votre kinésithérapeute.
Pourtant, voici quelques principes de bases à appliquer :
- Eviter les mouvements qui mobilisent la zone douloureuse : c'est donc du repos pour l'articulation qu'il vous faut. L'emploi d'une attelle peut permettre de limiter les mouvements, encore faut-il bien l'utiliser !
- S'assouplir : des étirements doux et lents sont bénéfiques pour les articulations, à conditions qu'ils soient prescrits par votre médecin.
- Appliquer du chaud ou du froid : on recommande le froid sur les articulations enflées par exemple. A l'inverse la chaleur pourra détendre les muscles endoloris.
- Prendre un médicament : des anti-inflammatoires peuvent vous soulager un moment mais ne résoudront pas la cause de votre douleur. A prendre avec modération !
Un sujet de santé, mais aussi de longévité professionnelle
Chez les IDEL, parler des TMS, ce n’est pas seulement parler de confort. C’est parler de durée d’exercice, de qualité de vie, de prévention de l’arrêt de travail et, au fond, de la possibilité de continuer à exercer sans s’abîmer. La douleur chronique n’est pas une fatalité du métier. En revanche, elle devient plus probable quand les signaux précoces sont minimisés et quand l’organisation du travail n’évolue jamais.
Mettre à jour ses habitudes, repenser certaines situations de soin, aménager ce qui peut l’être, consulter plus tôt et accepter de revoir sa façon de faire : voilà ce qui protège réellement dans la durée. Prévenir les TMS, ce n’est pas être “plus prudente que les autres”. C’est exercer avec lucidité, pour pouvoir continuer à soigner sans que le métier finisse par user le corps plus vite que prévu.
Et vous, avez déjà eu des troubles musculosquelettiques ? Quels sont vos conseils ? Partagez votre anecdote avec nous !





il faut aussi apprendre à monter et descendre de voiture,puisque nous le faisons environ 70 fois par jour.
Mon kiné m'a appris à rentrer les fesses assises les premières puis serrer les genoux et les pivoter pour rentrer.idem pour sortir,serrer les genoux,pivoter et les sortir en premier puis se lever comme d'une chaise.c'est un coup à prendre mais facilement intégré et très efficace.Donc pas de siège trop bas mais attention aux sièges trop hauts des 4x4 qui ne sont pas mieux.