Le « Ségur du numérique en santé » promet un grand virage pour les infirmières libérales, mais derrière les mots, que va-t-il vraiment se passer dans votre quotidien ? DMP/Mon Espace Santé, INS, messagerie sécurisée MSSanté, authentification Pro Santé Connect, ordonnance numérique… autant de briques techniques qui peuvent sembler lointaines, alors qu’elles vont transformer en profondeur les logiciels que vous utilisez chaque jour. 👉 Pour y voir clair, nous avons interrogé Benjamin Maza, Directeur Général Délégué et DSI de CBA Informatique Libérale et Vice-Président de la FEIMA pour les éditeurs paramédicaux. Il décrypte ce qui change concrètement d’ici 2027-2028 : une mise à jour financée à 100% par l’État, des échanges enfin fluides avec les médecins, hôpitaux et laboratoires, et des informations de santé qui circulent mieux, y compris vers les patients.
Entretien avec Benjamin Maza, Directeur Général Délégué de CBA Informatique Libérale et Vice-Président de la FEIMA pour les éditeurs paramédicaux.
Le Ségur annonce un “grand virage numérique” pour les infirmières libérales, de quoi s’agit-il concrètement ?
"Cela signifie que d'ici 2027-2028, votre logiciel va profondément évoluer, non pas pour compliquer votre quotidien, mais pour le simplifier. L'État finance intégralement la mise à jour de votre outil pour qu'il s'intègre enfin dans l'écosystème numérique de santé national. Installation, configuration, formation, trois ans de maintenance : tout est pris en charge. Vous n'avez rien à débourser.
Derrière l'intitulé « Ségur du Numérique », l'enjeu est très concret : faire en sorte que votre logiciel parle le même langage que celui du médecin traitant, de l'hôpital, du labo.
Aujourd'hui, quand un médecin dépose un compte-rendu dans le dossier partagé de votre patient, vous ne pouvez pas le consulter depuis votre logiciel. Quand vous faites un BSI, il ne remonte pas dans ce dossier. C'est exactement ce que le Ségur vient changer !"

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Les médecins sont déjà équipés depuis un moment. Pourquoi les paramédicaux arrivent-ils seulement maintenant ?
"Le Ségur s'est déployé par grandes filières professionnelles. Les médecins libéraux ont ouvert la marche il y a bientôt deux ans : leurs logiciels alimentent le DMP, ils utilisent la messagerie sécurisée MSSanté, ils qualifient l'identité de leurs patients. Les hôpitaux aussi. L'écosystème se met en place progressivement.
Maintenant, c'est le tour des paramédicaux : infirmières, sages-femmes, kinés, orthophonistes, orthoptistes, pédicures-podologues. Et c'est une très bonne nouvelle, parce que les IDEL sont souvent les professionnelles de santé les plus présentes auprès des patients, notamment à domicile. Les données que vous produisez au quotidien : bilans, observations, suivis… ont une valeur considérable pour le parcours de soins. Il est temps qu'elles alimentent le dossier partagé."
En tant que Vice-Président de la FEIMA, vous représentez les éditeurs paramédicaux. Comment ce Ségur a-t-il été construit ?
"C'est le fruit de plus de deux ans de co-construction. Au sein de la FEIMA, nous avons participé à l'ensemble des ateliers techniques avec l'ANS, l'Assurance Maladie et la Délégation du Numérique en Santé. Chaque brique : INS, DMP, MSSanté, Pro Santé Connect, ordonnance numérique, a fait l'objet de discussions approfondies.
Notre rôle en tant que fédération, c'est de s'assurer que les exigences techniques sont réalistes et correspondent aux usages réels sur le terrain. On ne construit pas un cahier des charges dans une tour d'ivoire.
Il y a une spécificité importante : beaucoup d'éditeurs paramédicaux découvrent le Ségur. Ils n'ont pas l'expérience des couloirs précédents. C'est un point sur lequel nous avons beaucoup insisté auprès des pouvoirs publics, et qui a été entendu. Le calendrier a été adapté, et une phase pilote obligatoire a été introduite pour sécuriser les déploiements avant la généralisation."
Concrètement, qu'est-ce que ça change pour le quotidien des IDEL ?
"Plusieurs choses, et elles sont toutes liées entre elles. Je vais essayer de les rendre concrètes. Commençons par l'INS, l'Identité Nationale de Santé. Ce n'est pas juste un numéro de plus. Voyez-la comme la clé qui ouvre l'accès à toute la donnée partagée d'un patient. Quand vous qualifiez l'INS dans votre logiciel, vous déverrouillez le dossier partagé de ce patient : ses comptes-rendus, ses ordonnances, ses résultats. Sans cette clé, pas d'accès fiable. C'est le socle sur lequel tout le reste repose.
Ensuite, le DMP, le Dossier Médical Partagé. Je sais ce que beaucoup d'entre vous pensent : « Le DMP, on nous en parle depuis plus de dix ans et il ne s'est jamais rien passé. » Et c'est vrai. Pendant des années, le DMP est resté une coquille vide, un projet politique sans réalité terrain. Sauf que cette fois, c'est différent. Grâce au Ségur, les médecins alimentent le DMP depuis bientôt deux ans. On parle de dizaines de millions de documents déposés, et chaque jour il y en a davantage. Des comptes-rendus, des résultats d'analyses, des ordonnances, des courriers de sortie d'hôpital. La machine est en route, et elle ne va pas s'arrêter. Le DMP devient enfin opérationnel pour vous. Depuis votre logiciel, vous pourrez consulter ce que le médecin traitant, l'hôpital ou le labo y ont versé. Et vous pourrez y ajouter vos propres documents : BSI, bilans de soins, observations. Imaginez : vous arrivez chez un patient à domicile, et vous avez sous les yeux son historique complet : consultations récentes, résultats d'analyses, traitements en cours... Plus besoin d'appeler le médecin pour retrouver une info, plus d'ordonnances photocopiées illisibles, plus de zones d'ombre dans le parcours.
La MSSanté, la messagerie sécurisée de santé, sera intégrée directement dans votre logiciel. Fini les fax, les scans, les pièces jointes perdues par email. La transmission d'un compte-rendu au médecin, la réception d'une ordonnance, la coordination avec le kiné : tout passe par un canal sécurisé, traçable, relié au dossier du patient. Les médecins l'utilisent déjà au quotidien, vous serez enfin sur le même réseau.
Et Pro Santé Connect simplifie votre authentification : un seul identifiant pour accéder à votre logiciel et à tous les services numériques de santé. C'est plus simple, c'est plus sécurisé."
Et du côté des patients, ça change quelque chose ?
Oui, et c'est un point qu'on sous-estime souvent. Le DMP a un pendant grand public : Mon Espace Santé. C'est le portail personnel du patient, accessible en ligne ou sur smartphone, où il retrouve l'ensemble des documents déposés par ses professionnels de santé. Quand vous alimentez le DMP depuis votre logiciel, vos bilans et comptes-rendus deviennent visibles par votre patient dans Mon Espace Santé. C'est un changement profond : le patient accède à son propre parcours de soins, il peut le partager avec un nouveau professionnel, il devient acteur de sa santé.
Préparez-vous à ce que vos patients vous posent de plus en plus de questions sur Mon Espace Santé. C'est une bonne chose : ça signifie que l'information circule enfin dans les deux sens.
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L'ordonnance numérique fait aussi partie du Ségur du numérique en santé ?
Le Ségur pose les fondations techniques qui préparent le terrain : identité qualifiée, interopérabilité avec les systèmes de prescription, rôles de prescrit et de prescripteur. Pour les IPA, il intègre même un module d'aide à la prescription adapté à leur champ d'exercice, qui est devenu très large, y compris sur des molécules à haut risque. Concrètement, votre logiciel sera prêt à recevoir et traiter les ordonnances au format numérique. Plus de problèmes de lisibilité, plus d'ordonnances égarées, une traçabilité complète de la chaîne de prescription. Les fondations sont posées.
Le médico-social est aussi concerné ?
Oui, et c'est important pour les IDEL qui travaillent en lien avec les EHPAD, les structures handicap ou les services d'aide à domicile. Ces structures sont elles aussi en train de mettre à niveau leurs systèmes pour parler le même langage numérique. L'impact sera progressif, mais réel : les informations en provenance de ces structures seront plus complètes, mieux structurées et plus simples à exploiter dans vos suivis au quotidien.
Vous êtes aussi Directeur Général Délégué de CBA, qui équipe plus de 40 000 professionnels de santé. Comment vous préparez-vous ?
Chez CBA, on ne découvre pas le Ségur. On le co-construit depuis le début au sein de la FEIMA, et nos 50 développeurs travaillent déjà sur les évolutions, avec l'objectif d'être parmi les premiers éditeurs référencés.
Ce qui fait notre force, c'est qu'on connaît votre métier. On développe des logiciels pour les IDEL depuis des années. Tournées, BSI, coordination pluriprofessionnelle, télétransmission, on sait comment vous travaillez, et on intègre les briques Ségur pour qu'elles s'insèrent naturellement dans votre pratique, sans ajouter de couches de complexité.
On a aussi un engagement fort sur la sécurité, certifications ISO 27001 et Hébergeur de Données de Santé, parce que quand des données patients circulent entre professionnels et remontent dans Mon Espace Santé, la sécurité n'est pas négociable.
Et le Ségur est une étape, pas une fin. Chez CBA, on prépare déjà la suite : l'intelligence artificielle au service de votre pratique, l'automatisation des tâches administratives, des outils de coordination toujours plus fluides.
Un dernier mot pour les IDEL qui nous lisent ?
Le financement Ségur est unique par professionnel, vous n'en bénéficierez qu'une seule fois. Le choix de votre éditeur est donc un vrai engagement.
Mon conseil : ne restez pas spectatrice de cette transformation. Posez des questions à votre éditeur. Où en est-il dans le référencement ? Quand la mise à jour sera-t-elle prête ? Quelle formation est prévue ? Suivez un tutoriel, assistez à un webinaire quand une nouvelle fonctionnalité arrive. Non pas pour devenir experte en réglementation numérique, mais pour tirer le meilleur d'outils qui, enfin, commencent à se mettre réellement au service de votre pratique.
Le Ségur ne va pas, à lui seul, changer la réalité de vos tournées. Il ne remplacera ni votre jugement clinique, ni la relation au domicile. Mais il peut vous éviter quelques allers-retours inutiles, quelques coups de fil à répétition, quelques dossiers incomplets qui vous laissent dans le flou. Et ça, au bout de la journée, ça compte.
Benjamin Maza est Directeur Général Délégué et DSI de CBA Informatique Libérale, éditeur de logiciels, dont Agathe YOU, pour plus de 40 000 professionnels de santé libéraux. Il est également Vice-Président de la FEIMA pour les éditeurs paramédicaux, la FEIMA représente les éditeurs majeurs de logiciels du secteur ambulatoire français.






