Santé mondiale et égalité femmes-hommes : la place des femmes et des hommes dans les institutions de santé

Santé mondiale et égalité femmes-hommes : la place des femmes et des hommes dans les institutions de santé

La santé mondiale et l'égalité femmes-hommes est un sujet qui peut sembler loin du terrain. Pourtant, la question touche directement l’exercice infirmier. Dès qu’une institution décide, elle fixe des priorités, définit des règles et influence vos conditions de travail. En France, la profession infirmière pèse lourd et reste très majoritairement féminine. En 2026, on recense plus de 565 500 infirmières et infirmiers inscrits à l'Ordre, dont environ 87% de femmes ! Une donnée brute qui amène une question plus concrète que symbolique : cette majorité se retrouve-t-elle aussi dans les postes qui orientent, arbitrent et représentent la profession ? Autrement dit : qui préside, qui négocie, qui porte la parole publique, qui rédige les règles du jeu ? 👉 Décryptage dans cet article !

En résumé

  • Ordre infirmier, syndicats, CPTS, ARS ou groupes de travail locaux participent à la définition des règles, des priorités et de l’organisation des soins au quotidien.
  • Même si les femmes représentent l’immense majorité des effectifs, cela ne veut pas dire qu’elles occupent dans les mêmes proportions les postes de présidence, de représentation ou de négociation.
  • Il faut distinguer le fait de siéger dans une instance et le fait d’occuper un poste à forte visibilité ou à fort pouvoir de décision. C’est là que les écarts peuvent apparaître.
  • Horaires de réunion, fréquence, charge de travail, mode de désignation, visio ou non : tous ces éléments influencent concrètement qui peut participer aux instances, notamment dans les CPTS.
  • Le manque de temps, la cooptation, les habitudes de prise de parole et une répartition genrée des rôles peuvent éloigner une partie des femmes des fonctions les plus exposées, même dans une profession très féminisée.

De quelles “institutions” parle-t-on, quand on est IDEL ?

Pour une infirmière libérale, “les institutions” renvoient d’abord à des interlocuteurs et des instances rencontrés sur le terrain, qui pèsent sur l’organisation des soins au quotidien.

  • L’Ordre national des infirmiers (ONI) : il organise la représentation ordinale et les élections, participe au cadre déontologique et porte une partie de la régulation professionnelle.
  • Les syndicats et organisations représentatives : ils portent des positions au nom d’adhérents, interviennent dans le débat public et prennent part, selon les instances, aux discussions et négociations qui structurent l’exercice (cadres conventionnels, conditions d’activité, organisation des soins).
  • Les CPTS :  elles structurent la coordination de proximité à l’échelle d’un territoire et pilotent des actions (accès aux soins, prévention, parcours).
  • Les espaces de gouvernance locaux : commissions, groupes de travail, partenariats et projets portés avec les ARS, les collectivités, les établissements, ou le médico-social.

Derrière le mot “institution”, il y a donc une réalité très opérationnelle : qui est autour de la table quand on fixe les priorités, qu’on répartit les rôles, et qu’on arbitre ce qui devient “la règle” sur un territoire ou pour une profession.

Santé mondiale : quand l’égalité devient un enjeu de pilotage

Dans le débat international, une idée s’impose progressivement : la main-d’œuvre en santé est très féminisée, mais les positions de leadership et de décision ne le sont pas toujours à la même hauteur. Les institutions de santé globales (OMS, agences, grandes ONG) relient ce constat à une question de gouvernance : comment décider au nom d’un secteur sans refléter sa réalité sociale ?

Derrière l’égalité femmes-hommes, il y a aussi une question d’efficacité. Une gouvernance peu représentative peut sous-estimer des sujets très concrets pour les soignantes et soignants :

  • amplitude horaire et continuité des soins,
  • charge de coordination “hors actes”,
  • contraintes de déplacement et sécurité,
  • pénibilité et usure professionnelle,
  • articulation vie professionnelle/vie familiale,
  • accès à la formation et au temps institutionnel.

À ce niveau, le sujet n’est pas “théorique” : il renvoie à la capacité d’une institution à produire des décisions réalistes.

Ordre infirmier : un cadre de représentation, des rôles complémentaires

L’Ordre national des infirmiers, c’est d’abord un organisme officiel de la profession. Il a un rôle d’encadrement (déontologie, inscription au tableau), et un rôle de représentation à travers des conseils départementaux, régionaux et national, avec des élus. Là où la question femmes-hommes peut se poser, c’est dans son organisation.

Concrètement, dans n’importe quelle institution, il y a deux réalités différentes :

  • Combien de femmes et d’hommes siègent dans les instances (la “présence”) ;
  • Quels postes ils occupent (la “fonction”).

Parce qu’un siège et un poste ne donnent pas le même poids. Une personne peut être élue et participer, tandis qu’une autre (ou un petit groupe) assure des fonctions plus exposées : présidence, porte-parole, relations extérieures, négociations, etc. D’autres postes sont moins visibles mais très lourds : gestion des dossiers, organisation, suivi administratif.

Donc, si on veut rester factuel, la bonne question n’est pas “l’Ordre est-il égalitaire ?”, mais plutôt : est-ce que la répartition des postes à forte visibilité et des postes plus techniques correspond à la réalité d’une profession composée à 87% de femmes ?

Cette question de la répartition des rôles ne se pose pas seulement au niveau national : elle se retrouve aussi dans les espaces de gouvernance de proximité, notamment les CPTS.

CPTS : un lieu de pouvoir territorial qui peut aider… ou compliquer la vie

Les CPTS sont devenues un lieu clé de l’organisation territoriale. Elles peuvent simplifier les parcours, structurer l’accès aux soins, améliorer la coordination ville-hôpital. Mais elles constituent aussi un nouvel espace de pouvoir. Et ce pouvoir dépend beaucoup de leur “architecture” :

  • horaires et fréquence des réunions,
  • règles de représentation des professions,
  • modalités d’élection ou de désignation (vote, cooptation, renouvellement),
  • place laissée aux professions déjà très sollicitées (dont les IDEL),
  • partage des tâches de coordination (qui fait, qui décide, qui est rémunéré).

Plus une CPTS repose sur des réunions tardives, longues et fréquentes, plus elle sélectionne mécaniquement une partie des profils : ceux qui peuvent se libérer, qui acceptent une exposition publique, ou qui ont déjà des habitudes de gouvernance.

À l’inverse, certaines pratiques favorisent une participation plus large : visio, horaires compatibles, ordres du jour cadrés, rotation des mandats, formalisation claire des rôles.

Pourquoi les écarts apparaissent, même quand les femmes dominent les effectifs

Le paradoxe est fréquent en santé : une profession très féminisée ne produit pas automatiquement une gouvernance à l’image de ses effectifs. Un facteur pèse particulièrement : le temps disponible pour le “travail institutionnel”.

Participer à une gouvernance, ce n’est pas seulement “donner un avis”. Cela implique des heures hors soin : réunions, préparation, lecture de documents, échanges par mail, déplacements, représentation. Pour une IDEL, cela se traduit concrètement par des créneaux parfois peu compatibles avec les tournées, et par une partie de travail qui se reporte en soirée ou sur des temps de repos.

Résultat : le temps agit comme un filtre. Ceux et celles qui peuvent se rendre disponibles entrent plus facilement dans les bureaux, les délégations ou les mandats, sans que cela reflète forcément la démographie réelle de la profession.

1) Le temps filtre les candidatures

La gouvernance demande du temps “hors soins”. Réunions, mails, préparation, suivi. Une IDEL a déjà une journée remplie. Et une tournée laisse peu de marges.

2) Les réseaux accélèrent la cooptation

On confie souvent un mandat à quelqu’un qu’on connaît déjà, parce que c’est rapide et rassurant. Cette logique sécurise l’organisation… mais elle favorise aussi la continuité des mêmes profils.

3) La prise de parole crée une hiérarchie

Certaines personnes ont l’habitude des réunions. Elles parlent plus et s’imposent plus vite. D’autres se censurent, même compétentes.

4) Les rôles se distribuent de façon genrée

On confie souvent l’organisation, le suivi et la coordination à celles qui “assurent”. On confie plus facilement la représentation à ceux qui se sentent légitimes. Cette logique finit par structurer un bureau.

Source : Ordre Infirmiers.

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