
Douleur inhabituelle, plaie qui évolue, glycémie anormale, patient qui refuse un soin… Au cours d’une tournée, une IDEL recueille de nombreuses informations sur l’état de santé de ses patients. Mais comment transmettre l’essentiel, sans rédiger un compte rendu à rallonge à chaque passage ? C’est tout l’intérêt des transmissions ciblées. Utilisées pour structurer les informations importantes du dossier de soins, elles permettent de mettre en évidence une situation ou un problème précis, les actions réalisées par l’infirmière et leur résultat. La méthode la plus connue repose sur trois lettres : DAR pour Données, Actions, Résultats. Alors, comment rédiger une transmission ciblée ? Quelles informations y faire figurer ? Et surtout, à quoi ressemble une bonne transmission dans le quotidien d’une infirmière libérale ? On vous explique.
Qu’est-ce qu’une transmission ciblée ?
Une transmission ciblée est une méthode permettant d’organiser les informations relatives à l’état de santé et à la prise en charge d’un patient autour d’un élément précis appelé la cible. Cette cible peut correspondre, par exemple, à :
- une douleur ;
- une chute ;
- une hypoglycémie ;
- une évolution de plaie ;
- un refus de soins ;
- une modification du comportement ;
- une difficulté respiratoire ;
- une réaction à un traitement ;
- ou tout événement significatif concernant le patient.
L’objectif n’est donc pas de raconter chronologiquement toute la visite. La transmission ciblée permet au contraire de faire ressortir l’information qui mérite une attention particulière. En pratique, elle répond à quatre questions très simples :
- Quel est le problème ou l’événement ?
- Qu’est-ce que j’observe ?
- Qu’est-ce que j’ai fait ?
- Quel résultat ai-je obtenu ?
C’est ce raisonnement qui donne la structure : Cible → Données → Actions → Résultats.
À quoi servent les transmissions ciblées pour une IDEL ?
À domicile, les patients peuvent être suivis par plusieurs professionnels : infirmière remplaçante, collaboratrice et titulaire, médecin traitant, pharmacien, kinésithérapeute… La qualité des informations transmises joue donc directement sur la continuité des soins. La Haute Autorité de santé cite d’ailleurs la structuration des informations sous forme de transmissions ciblées parmi les moyens pouvant contribuer à la coordination et à la continuité d’une prise en charge à domicile. Pour une IDEL, une transmission ciblée permet notamment de :
- garder une trace de l’évolution du patient ;
- attirer l’attention sur un événement inhabituel ;
- faciliter le relais avec une collègue ou une remplaçante ;
- éviter la perte d’une information importante entre deux passages ;
- suivre l’efficacité d’une action ou d’un soin ;
- structurer les informations présentes dans le dossier de soins.
Une bonne transmission ne sert donc pas simplement à noter « ce qui a été fait ». Elle permet surtout de comprendre pourquoi une action a été réalisée et ce qu’elle a donné.
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Comment faire une transmission ciblée avec la méthode DAR ?
La méthode DAR correspond à :
- D = Données
- A = Actions
- R = Résultats
Mais avant le DAR, il faut identifier une cible. Prenons un exemple très simple : la cible = douleur.
- Données : Mme B. signale une douleur au genou droit évaluée à 7/10, apparue dans la nuit. Difficulté à prendre appui.
- Actions : Installation confortable. Traitement antalgique administré selon prescription. Surveillance de la douleur. Médecin informé de l’apparition de la douleur.
- Résultats : Douleur évaluée à 3/10 lors de la réévaluation. Patiente plus confortable au repos.
En quelques lignes, une autre infirmière peut comprendre : ce qui s’est passé → ce qui a été fait → comment la situation a évolué.
D comme Données : qu’avez-vous observé ?
Les données permettent de décrire précisément la cible. Ce sont les éléments qui expliquent pourquoi vous avez créé cette transmission. Elles peuvent être objectives :
- température à 38,5 °C ;
- glycémie à 0,60 g/L ;
- tension artérielle ;
- rougeur autour d’une plaie ;
- œdème ;
- vomissements ;
- chute constatée.
Mais également subjectives, lorsqu’elles correspondent à ce que vous rapporte le patient :
- « J’ai mal depuis cette nuit » ;
- « Je me sens faible » ;
- « Je n’ai pas mangé ce matin » ;
- « J’ai peur de tomber ».
L’idée est de rester factuelle et précise.
À éviter : ❌ « Patient pas bien ce matin. » À préférer : ✅ « Patient pâle, dit se sentir faible depuis le réveil. Glycémie capillaire : 0,58 g/L. » La deuxième formulation donne immédiatement une information exploitable.
A comme Actions : qu’avez-vous fait ?
Les actions correspondent aux interventions réalisées face à la situation observée. Il peut s’agir, selon la situation :
- d’un soin ;
- d’une surveillance ;
- de la prise de constantes ;
- d’une installation ;
- d’une action relevant du rôle propre infirmier ;
- de l’application d’une prescription ;
- d’un appel au médecin ;
- d’une information donnée au patient ;
- d’un conseil ;
- d’une coordination avec un autre professionnel de santé.
Là encore, il vaut mieux être précis.
À éviter :❌ « Médecin appelé, nécessaire fait. » À préférer : ✅ « Médecin traitant contacté à 10 h 15 et informé de la température à 38,8 °C et de l’apparition de frissons. » La personne qui consultera le dossier saura exactement quelle action a été réalisée et pourquoi.
R comme Résultats : qu’est-ce que cela a donné ?
C’est probablement la partie la plus facile à oublier. Pourtant, le résultat est essentiel puisqu’il permet d’évaluer l’efficacité des actions mises en place. Il répond à la question : Comment la situation a-t-elle évolué ? Par exemple :
- douleur passée de 7/10 à 3/10 ;
- glycémie remontée après resucrage ;
- température toujours élevée ;
- patient apaisé ;
- saignement interrompu ;
- rougeur toujours présente ;
- médecin informé et nouvelle conduite à tenir mise en place.
Le résultat ne doit d’ailleurs pas nécessairement être positif. Une absence d’amélioration est elle-même une information importante.Exemple: Douleur toujours évaluée à 7/10 malgré le traitement. Médecin de nouveau contacté.
Le suivi dans le temps est justement l’un des grands intérêts des transmissions ciblées.
4 exemples de transmissions ciblées pour une IDEL
Exemple 1 : hypoglycémie
- Cible : Hypoglycémie
- Données : patient présentant des sueurs et tremblements. Glycémie capillaire à 0,58 g/L. Patient conscient et capable de s’alimenter.
- Actions : resucrage réalisé. Patient maintenu au repos. Nouvelle glycémie programmée 15 minutes plus tard.
- Résultats : glycémie à 0,82 g/L au contrôle. Disparition des tremblements. Patient asymptomatique.
Exemple 2 : évolution d’une plaie
- Cible : évolution de la plaie
- Données : rougeur plus importante autour de la plaie par rapport au précédent passage. Écoulement présent. Patient signale une augmentation de la douleur.
- Actions : pansement réalisé selon prescription. Évaluation de la douleur. Surveillance de l’évolution. Médecin informé.
- Résultats : en attente de l’avis médical. Surveillance renforcée prévue au prochain passage.
Exemple 3 : refus de soins
- Cible : refus de soins
- Données : patient refuse le soin prévu ce matin et indique ne pas vouloir être pris en charge aujourd’hui.
- Actions : échange avec le patient afin de comprendre les raisons du refus. Informations données sur l’objectif du soin et les conséquences potentielles de son absence. Médecin informé si nécessaire selon la situation clinique.
- Résultats : patient maintient son refus. Surveillance et nouvelle proposition prévues lors du prochain passage.
Exemple 4 : douleur inhabituelle
- Cible : douleur
- Données : patiente signale une douleur abdominale inhabituelle apparue depuis la veille au soir, évaluée à 8/10.
- Actions : évaluation de la douleur et recueil des signes associés. Médecin traitant contacté et informé.
- Résultats : orientation de la patiente selon les consignes médicales reçues. Transmission de l’information à l’équipe assurant la continuité des soins.
Transmission ciblée et transmission narrative : quelle différence ?
Dans une transmission narrative, l’infirmière peut être tentée de raconter l’ensemble de son passage : « Passage chez Mme B. ce matin. Patiente dans son fauteuil. Toilette faite. Médicaments pris. Elle me dit qu’elle a mal au genou depuis cette nuit. Antalgique donné. J’ai prévenu le médecin. Elle allait mieux lorsque je suis partie. » L’information importante est présente… mais elle est noyée dans le reste. En transmission ciblée, on obtient plutôt :
- Cible : douleur au genou
- D : douleur apparue dans la nuit, EVA 7/10, difficulté à l’appui.
A : antalgique selon prescription, installation, médecin informé.
R : EVA 3/10 à la réévaluation, patiente soulagée au repos.
L’information clinique importante devient immédiatement visible. C’est précisément la logique des transmissions ciblées : structurer plutôt qu’accumuler les informations.
Faut-il faire une transmission ciblée pour chaque soin ?
Non, c’est justement l’erreur à éviter. Une transmission ciblée n’a pas vocation à transformer chaque acte quotidien en problème clinique. Si un soin habituel est réalisé normalement et que les informations nécessaires sont déjà tracées ailleurs dans le dossier de soins, créer systématiquement une nouvelle cible peut rendre les transmissions plus lourdes et moins lisibles. Les transmissions ciblées prennent tout leur intérêt lorsqu’un élément mérite d’être signalé, surveillé ou suivi dans le temps. Par exemple :
- modification de l’état de santé ;
- apparition d’un symptôme ;
- réaction inhabituelle ;
- problème identifié ;
- risque nouveau ;
- refus du patient ;
- intervention ou information importante ;
- évolution significative.
Autrement dit : tout n’est pas une cible.
Les transmissions ciblées sont-elles obligatoires ?
Il faut distinguer deux choses.La traçabilité et le suivi des soins font partie intégrante de l’exercice infirmier. Le cadre professionnel prévoit notamment l’identification des besoins du patient, la mise en œuvre des actions appropriées, leur évaluation ainsi que la gestion du dossier de soins infirmiers. En revanche, la méthode DAR est une méthode d’organisation des transmissions : il ne faut pas la présenter comme un formulaire légal obligatoire devant impérativement être utilisé mot pour mot par toutes les IDEL. Son intérêt est avant tout pratique : structurer le raisonnement clinique et rendre les informations importantes immédiatement compréhensibles.
5 erreurs à éviter dans vos transmissions ciblées
1. Écrire des jugements de valeur
Évitez :
❌ « Patient difficile. »
❌ « Patiente désagréable. »
❌ « Patient peu coopératif. »
Décrivez plutôt ce que vous observez.
✅ « Patient refuse le soin malgré les explications données et demande à reporter le passage. »
2. Être trop vague
❌ « Plaie pas belle. »
Préférez des données observables :
✅ « Rougeur périphérique plus étendue qu’au précédent passage, écoulement présent, douleur rapportée par le patient. »
3. Noter uniquement les actions
❌ « Pansement fait, médecin appelé. » Pourquoi le médecin a-t-il été appelé ? Une transmission doit permettre de comprendre le raisonnement qui a conduit à l’action.
4. Oublier le résultat
Une action sans réévaluation laisse la transmission incomplète. Lorsque cela est possible, pensez donc à revenir sur la cible : Le problème s’est-il amélioré ? A-t-il disparu ? Est-il toujours présent ?
5. Transformer la transmission en roman
Une bonne transmission n’est pas forcément une transmission longue. Elle doit surtout être : utile, précise, objective et compréhensible par le professionnel qui prendra le relais.
Transmissions ciblées : un outil particulièrement utile à domicile
À l’hôpital, une équipe peut échanger lors d’une relève. En libéral, la situation est différente. Une titulaire peut voir le patient le lundi matin, sa collaboratrice le soir et une remplaçante intervenir quelques jours plus tard. Le dossier de soins devient alors un véritable fil conducteur entre les différents passages. La HAS rappelle plus largement que les transmissions constituent un moment essentiel du transfert d’informations entre professionnels et qu’une mauvaise communication peut contribuer à une mauvaise prise en charge.




