
L’escarre fait partie du quotidien des infirmiers libéraux et des infirmières à domicile. Chez la personne âgée, alitée ou en fauteuil, cette plaie de pression apparaît vite et cicatrise lentement. Votre œil clinique, le bon geste et surtout le bon pansement font toute la différence. Cet article vous accompagne pas à pas : reconnaître le stade escarre, évaluer l’état de la plaie, choisir le pansement adapté, construire votre protocole et sécuriser la cicatrisation, y compris sur les zones les plus difficiles comme le talon ou le sacrum. L’enjeu n’est pas seulement esthétique : c’est aussi la prévention des complications, car une escarre négligée peut avoir des conséquences graves.
Qu’est-ce qu’une escarre et pourquoi cicatrise-t-elle si lentement ?
Une escarre est une lésion de la peau et des tissus sous-jacents provoquée par une pression prolongée entre un relief osseux et un plan dur (matelas, fauteuil). Cette compression coupe la circulation sanguine locale, les tissus s’asphyxient, puis se nécrosent. La dénutrition, l’incontinence, le cisaillement et l’immobilité aggravent le risque.
La Haute Autorité de Santé rappelle qu’une pression continue peut amorcer les premières lésions en environ deux heures sur une zone vulnérable. Autant dire que la prévention se joue en amont, mais quand la plaie est là, c’est votre prise en charge qui oriente l’évolution. Une escarre installée cicatrise lentement car les tissus sont mal vascularisés et souvent recouverts de fibrine ou de nécrose : il faut d’abord assainir le lit de la plaie avant que la peau ne puisse se reconstruire.
Quels sont les 4 types d’escarre ?
La classification de référence reste celle de l’alliance internationale NPIAP / EPUAP, confirmée dans sa dernière édition. Elle décrit quatre stades selon la profondeur de l’atteinte. Repérer le bon stade escarre conditionne tout le reste du soin. 👇
- Stade 1 : rougeur qui ne blanchit pas à la vitropression, peau encore intacte. C’est le signal d’alarme. Sur peau foncée, cette rougeur est plus difficile à voir, soyez d’autant plus attentive.
- Escarre stade 2 : phlyctène ou désépidermisation. La perte cutanée touche l’épiderme et parfois le derme. Elle se présente comme une cloque (la fameuse phlyctène), une érosion ou une plaie superficielle rosée.
- Escarre stade 3 : la perte concerne toute l’épaisseur de la peau, avec atteinte du tissu sous-cutané jusqu’au fascia. On y trouve fréquemment de la fibrine, voire une plaque de nécrose.
- Escarre stade 4 : plaie profonde exposant les muscles, les tendons ou l’os. C’est le stade le plus grave, à haut risque infectieux, qui nécessite souvent un avis pluridisciplinaire.
Pour vous entraîner à distinguer chaque niveau, il est très utile de comparer avec des supports visuels fiables : rechercher « stade escarre photos » sur des ressources professionnelles vous aide à caler votre évaluation, à condition d’utiliser des sources médicales sérieuses et non des images isolées sorties de leur contexte.
Comment faire cicatriser un escarre ?
La cicatrisation repose sur trois piliers indissociables, et le pansement n’en est qu’un.
➡️ D’abord, la mise en décharge. Aucun traitement escarre ne fonctionne si la pression persiste sur la plaie. Repositionnement régulier, matelas à air ou à mémoire de forme, coussin de décharge : c’est la base d’un dispositif anti-escarre efficace. Le pansement anti-escarre au sens strict (support de prévention) et le pansement de traitement travaillent ensemble.
➡️ Ensuite, l’état général. Une escarre ne cicatrise pas sans protéines ni hydratation suffisantes. Vous surveillez la dénutrition, vous alertez le médecin traitant, vous coordonnez avec la diététicienne si besoin. C’est souvent ce qui débloque une plaie qui stagne.
➡️ Enfin, le soin local : nettoyer, déterger, maintenir un milieu humide et protéger la peau autour. C’est là qu’intervient le choix du pansement, que nous détaillons maintenant.

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Quel type de pansement pour un escarre ?
Il n’existe pas un pansement universel, mais une famille d’options à adapter au stade et surtout à la quantité d’exsudat. Le choix du pansement escarre part toujours de deux questions simples : que montre l’état de la plaie, et quels sont les besoins du patient (confort, fréquence des soins, tolérance cutanée) ? Voici les grandes familles que vous manipulez au quotidien.
- Le pansement hydrocolloïde convient bien aux plaies peu exsudatives et aux stades précoces. Il maintient un milieu humide, favorise la détersion autolytique et protège la zone. On l’utilise volontiers sur une escarre stade 2 propre ou pour refermer après ramollissement d’une nécrose.
- Le pansement hydrocellulaire, aussi appelé pansement en mousse, est votre allié pour les plaies modérément à fortement exsudatives, notamment aux stades 2 et 3. Absorbant, confortable, il existe en versions adaptées aux reliefs (talon, sacrum) et limite la macération de la peau péri-lésionnelle. Certains modèles associent une mousse absorbante et un gel au contact de la plaie, qui maintient un milieu humide tout en drainant l’excès d’exsudat.
- L’hydrogel réhydrate les plaies sèches et ramollit la nécrose : c’est le pansement nécrose de première intention quand la plaque est dure et noire. L’alginate et l’hydrofibre absorbent les exsudats abondants et aident à la détersion des plaies fibrineuses ou hémorragiques. Les pansements à l’argent et les pansements au charbon actif se réservent aux plaies infectées ou malodorantes, sur prescription : le charbon actif capte les odeurs, l’argent agit sur la charge bactérienne.
Un mot sur la pommade escarre : les topiques (type enzymes protéolytiques ou corps gras) peuvent accompagner la détersion ou protéger une peau fragilisée, mais ils ne remplacent jamais un pansement adapté ni la mise en décharge. Ils s’intègrent dans une stratégie, ils ne la résument pas.

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Quel pansement choisir selon le stade de l’escarre ?
Voici un repère simple, à moduler selon l’exsudat et l’aspect du lit de la plaie.
- Stade 1 : pas de plaie ouverte. On protège la peau (film ou hydrocolloïde fin) et on renforce la décharge.
- Escarre stade 2 / phlyctène : hydrocolloïde ou pansement hydrocellulaire selon l’exsudat. On respecte la phlyctène tant qu’elle est fermée, on protège.
- Escarre stade 3 : détersion prioritaire (hydrogel sur nécrose sèche, alginate ou hydrofibre sur plaie fibrineuse et exsudative), puis hydrocellulaire pour soutenir le bourgeonnement.
- Escarre stade 4 : même logique de détersion, mais avec avis médical, souvent recours à la détersion chirurgicale, voire à la thérapie par pression négative (TPN).
Cette logique par stade est le cœur de tout pansement escarre protocole solide : on ne choisit pas un pansement par habitude, mais en fonction de ce que la plaie montre à chaque réfection.
Comment faire un pansement d’escarre ?
Le geste compte autant que le matériel. Voici la trame que vous pouvez suivre à chaque réfection. Vous installez la personne confortablement et vous vous lavez les mains, matériel prêt et propre. Vous retirez délicatement l’ancien pansement, en observant l’aspect, l’odeur et la quantité d’exsudat. Vous nettoyez la plaie au sérum physiologique (l’eau et le savon doux sont possibles), sans frotter agressivement le bourgeon. Vous détergez si nécessaire les tissus dévitalisés : détersion mécanique douce à la curette ou aux ciseaux pour la fibrine et la nécrose ramollie, dans la limite de vos compétences et du confort du patient. Vous appliquez le pansement adapté, en débordant légèrement sur la peau saine et en protégeant les berges. Vous notez tout dans le dossier de soins : stade, mesures, aspect, pansement posé, douleur.
La fréquence de renouvellement dépend du pansement et de l’exsudat : un hydrocolloïde peut tenir plusieurs jours, un alginate très absorbant se change plus souvent. Vous adaptez toujours à la réalité de la plaie, pas au calendrier. 🗓️
Comment soigner un escarre fessier ?
L’escarre fessier et l’escarre sacrum sont les localisations les plus fréquentes chez la personne alitée, car le sacrum supporte le poids du corps en position couchée. La difficulté principale vient de l’humidité et des souillures liées à l’incontinence.
Pour un pansement escarre fessier ou un pansement escarre sacrum, privilégiez une forme anatomique qui épouse le pli interfessier et adhère bien malgré les mouvements. Un pansement hydrocellulaire siliconé, en forme de sacrum, tient mieux et protège la peau péri-lésionnelle. La gestion de l’incontinence est indissociable du soin : protection adaptée, change régulier, crème barrière sur la peau saine autour. Sans cela, la macération ruine vos efforts, que la plaie soit sur le sacrum, le fessier ou plus haut sur l’escarre dos.
Quel pansement pour un escarre au talon ou au sacrum ?
L’escarre talon mérite une vigilance particulière. La peau y est fine et la vascularisation précaire : une escarre talonnière peut évoluer vers un stade profond sans signe visible franc. La règle d’or est la décharge totale du talon (talonnière, coussin, botte de décharge) pour restaurer la circulation.
Côté pansement escarre talon, on adapte au même principe d’exsudat : hydrogel sur nécrose sèche pour la ramollir, hydrocellulaire de forme talon pour absorber et protéger. Un point important : une nécrose noire, sèche et stable sur le talon ne se déterge pas systématiquement en l’absence de signes infectieux, car elle peut jouer un rôle protecteur. Cette décision se prend avec le médecin. Pour le sacrum, on reprend la logique du pansement escarre sacrum : forme anatomique, gestion de l’humidité, décharge par repositionnement.
Quel pansement utiliser pour un escarre nécrosé ou fibrineux ?
Face à une escarre nécrosé, l’objectif est d’éliminer les tissus morts pour laisser la place à la reconstruction. Sur une plaque de nécrose sèche, l’hydrogel réhydrate et facilite la détersion autolytique ; c’est le pansement nécrose de référence, souvent recouvert d’un hydrocolloïde ou d’un film pour maintenir l’humidité.
Sur une escarre fibrineux, où le lit de la plaie est recouvert d’un enduit jaunâtre et humide, on associe détersion mécanique douce et pansements absorbants comme l’alginate ou l’hydrofibre, qui captent l’exsudat tout en aidant à décoller la fibrine. Une fois la plaie propre et bourgeonnante, vous repassez sur un hydrocellulaire pour accompagner l’épidermisation. En cas d’infection, d’odeur persistante ou de plaie qui stagne malgré un protocole bien conduit, vous sollicitez le médecin : un avis spécialisé plaies et cicatrisation ou une TPN peut relancer la dynamique.
En résumé, le bon pansement escarre, c’est celui qui correspond au stade, à l’exsudat et à la localisation, posé dans le cadre d’une prise en charge globale : décharge, nutrition, gestion de l’humidité et traçabilité. Votre expertise de terrain, réévaluée à chaque réfection, reste le meilleur outil pour transformer une plaie chronique en plaie qui cicatrise. 💪
📄 Source : Haute Autorité de Santé, « Prévention et traitement des escarres de l’adulte et du sujet âgé » ; classification NPIAP/EPUAP.
Cet article a une visée informative et ne remplace pas la prescription médicale ni votre jugement clinique.




