
Muriel élevait des chevaux. Marie pilotait la sécurité d’usines automobiles. Pauline dirigeait une agence de prestation de santé à domicile. Toutes les trois ont fini par choisir, ou retrouver, le même chemin : celui du soin, et plus précisément de l’exercice libéral. La reconversion infirmière fonctionne pourtant dans les deux sens. 👉 Chaque année, des personnes en reconversion entrent en IFSI pour décrocher le diplôme d’État. Dans le même temps, des infirmières diplômées cherchent une nouvelle voie, à l’hôpital, en dehors ou à leur compte. 🔎 Cet article réunit les deux trajectoires : les voies d’accès à la formation, les conditions selon votre âge, les solutions de financement, mais aussi les passerelles et les masters accessibles une fois infirmière.
Reconversion pour devenir infirmière ou reconversion professionnelle d’une infirmière : quelle différence ?
L’expression recouvre deux projets très différents :
- Le premier est la reconversion pour devenir infirmière : une salariée, une demandeuse d’emploi ou une aide-soignante quitte son métier pour suivre la formation en IFSI.
- Le second est la reconversion professionnelle d’une infirmière : une IDE déjà diplômée change de poste, se spécialise ou quitte le soin pour une autre profession.
Dans les deux cas, la démarche commence de la même façon. Vous devez clarifier vos motivations, évaluer vos compétences transférables et mesurer l’impact concret du projet sur votre vie : durée de formation, revenus, organisation familiale. Selon l’Ordre national des infirmiers, environ 600 000 infirmières exercent dans le système de santé français, et leurs parcours sont de moins en moins linéaires. La reconversion n’est plus une exception.
Pourquoi choisir une reconversion pour devenir infirmière ?
La quête de sens arrive presque toujours en tête. Beaucoup de candidats racontent qu’ils ne voyaient plus l’utilité de leur travail dans leur métier précédent. Le métier d’infirmier offre l’inverse : chaque journée a un impact direct sur la santé d’une personne. Les témoignages recueillis par La Ruche le confirment, le contact humain est le fil rouge de la plupart des parcours.
La sécurité de l’emploi pèse aussi dans la balance. Le secteur de la santé manque de soignants, et une infirmière diplômée trouve vite un poste : en établissement de santé, en maison de retraite, en soins à domicile ou en libéral. Le diplôme d’État ouvre aussi de nombreuses évolutions par la suite : spécialisations, encadrement, pratique avancée, installation à votre compte.
Il faut toutefois regarder la réalité en face. À l’hôpital, l’infirmière travaille souvent en horaires décalés, les week-ends et les jours fériés. La surcharge de travail est un sujet récurrent dans les services, et le métier sollicite autant le corps que les émotions. Une reconversion réussie repose sur une vision lucide de ces contraintes, pas seulement sur la vocation.
Comment savoir si le métier d’infirmier est fait pour vous ?
Les qualités attendues sont connues : empathie, rigueur, capacité d’adaptation, résistance au stress et goût du travail en équipe. Pour vérifier qu’elles vous correspondent, le mieux reste l’immersion. Demandez une journée d’observation dans un service, accompagnez une infirmière libérale sur sa tournée, ou proposez-vous comme bénévole dans une structure de soins. Rien ne remplace ce contact direct avec le terrain.
Parlez aussi avec des infirmières en activité. Interrogez-les sur leur emploi du temps, leurs difficultés et ce qui les fait tenir. Projetez-vous à cinq, dix ou vingt ans : le métier d’infirmière correspond-il à vos objectifs à long terme ? Associez enfin votre entourage. Trois années d’études ont des conséquences sur toute la famille, et son soutien sera précieux.
Si vous hésitez encore, un bilan de compétences vous aide à structurer cette réflexion avec un professionnel. Il dure 24 heures au maximum, peut être financé par le CPF et se termine par un document de synthèse qui vous appartient.
Reconversion infirmière selon l’âge : est-il possible de devenir infirmière à 35 ou 40 ans ?
Oui. Aucune limite d’âge n’est fixée pour entrer en IFSI ni pour obtenir le diplôme d’État. Muriel a choisi sa reconversion à 37 ans, et elle exerce aujourd’hui en libéral. Les promotions d’IFSI comptent d’ailleurs de nombreux étudiants qui ont déjà eu une première vie professionnelle.
Selon l’âge, ce qui change surtout, c’est la voie d’admission. À 20 ou 25 ans, sans longue expérience professionnelle, Parcoursup reste la voie classique. Dès trois ans de cotisations sociales, ce qui concerne la plupart des personnes en reconversion à 30, 35 ou 40 ans, la voie de la formation professionnelle continue devient accessible. La sélection repose alors sur des épreuves spécifiques, et non sur vos notes de lycée.
Votre âge pèse surtout sur l’organisation. Après 35 ans, vous avez souvent des charges fixes, des enfants ou un crédit. Le financement de la formation devient donc la vraie question, bien plus que votre capacité à suivre les cours. Les stages demandent aussi une grande disponibilité, y compris en horaires décalés : anticipez la garde des enfants avant la rentrée.
⚠️ Pensez aussi à votre fin de carrière. Une infirmière diplômée à 45 ans exercera une vingtaine d’années. C’est largement suffisant pour s’épanouir, s’installer en libéral ou se spécialiser, à condition de construire son projet dès l’entrée en formation.

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Quelles sont les voies d’accès pour une reconversion pour devenir infirmière ?
Le diplôme visé est le diplôme d’État d’infirmier (DEI). Il est délivré après trois années de formation dans un institut de formation en soins infirmiers (IFSI). Trois voies d’admission existent, selon votre profil.
| Votre profil | Voie d’admission | Mode de sélection |
|---|---|---|
| Néo-bachelière ou étudiante en réorientation | Parcoursup | Dossier (notes, expériences, projet motivé) |
| Personne en reconversion avec 3 ans de cotisations | Formation professionnelle continue (FPC) | Épreuve écrite et entretien |
| Aide-soignante ou auxiliaire de puériculture | FPC ou parcours spécifique | Épreuves FPC ou dispositif dédié |
Parcoursup : la voie des candidats sans expérience du soin
Vous êtes lycéenne, étudiante en réorientation, ou en reconversion sans trois ans de cotisations ? Vous passez par Parcoursup. Il faut être titulaire du baccalauréat ou d’un titre équivalent de niveau bac. L’admission se fait sur dossier : les IFSI examinent vos résultats, vos expériences personnelles ou professionnelles (stages, bénévolat, emplois) et surtout votre projet de formation motivé. Chaque IFSI fixe ses propres critères, alors soignez chaque candidature.
🗓️ Pour la rentrée 2027, le calendrier officiel de Parcoursup n’est pas encore publié. Les années précédentes, la saisie des vœux allait de mi-janvier à mi-mars, et la phase d’admission commençait fin mai. Vérifiez les dates exactes sur parcoursup.gouv.fr dès leur publication.
💡 En savoir plus : Devenir infirmière : tout savoir sur les études, la formation et l’admission en IFSI
Concours infirmier reconversion : la voie de la formation professionnelle continue
Cette voie d’admission est pensée pour les adultes en reconversion professionnelle. Elle est ouverte aux candidats qui justifient d’au moins trois ans de cotisations à un régime de protection sociale, quel que soit leur métier d’origine. Elle se déroule hors Parcoursup, directement auprès des IFSI, avec une inscription souvent en début d’année civile.
La sélection repose sur deux épreuves, notées chacune sur 20 :
- Un entretien d’environ 20 minutes, à partir de votre dossier, sur votre expérience professionnelle et votre projet.
- Une épreuve écrite d’une heure, en deux parties : une rédaction ou des réponses à des questions dans le domaine sanitaire et social, puis des calculs simples.
Une note inférieure à 8 sur 20 à l’une des deux épreuves est éliminatoire, et il faut au moins 20 sur 40 au total.
Les places réservées à cette voie sont limitées. Par exemple, l’IFSI de Meaux ouvrait 21 places en 2026 sur ce concours spécifique. Certains IFSI et organismes proposent des préparations de quelques mois, utiles pour travailler l’oral et le calcul de doses.
Reconversion aide-soignante infirmière : une passerelle dédiée
Les aides-soignantes et les auxiliaires de puériculture ont un parcours spécifique. Elles peuvent passer par la voie FPC, et sont ensuite dispensées de certains enseignements et du premier stage. Il existe aussi un dispositif dédié pour les aides-soignantes qui ont trois ans d’exercice à temps plein sur les cinq dernières années : avec l’accord de leur employeur, elles accèdent à un parcours aménagé. Ces conditions évoluent avec les textes, renseignez-vous auprès de l’IFSI visé.
💡 En savoir plus : Passerelle aide-soignant-infirmier : le parcours spécifique pour devenir infirmière
Peut-on devenir infirmière par la VAE ?
Non. Le diplôme d’État d’infirmier n’est pas accessible par la validation des acquis de l’expérience (VAE). La profession est réglementée : on ne peut pas exercer des soins infirmiers sans le diplôme, donc on ne peut pas non plus les faire valider. L’entrée en IFSI et les trois années de formation restent obligatoires. La VAE existe en revanche pour d’autres diplômes du soin, comme celui d’aide-soignant, qui peut être une première étape.
Comment se déroule la formation infirmière depuis la réforme de 2026 ?
La formation a changé à la rentrée de septembre 2026. Le décret n° 2026-130 et l’arrêté du 20 février 2026, publiés au Journal officiel le 25 février 2026, remplacent le référentiel de 2009 pour les nouveaux étudiants. Les promotions entrées avant cette date restent sur l’ancien programme.
La durée du cursus ne change pas : trois ans, six semestres et 180 ECTS. Le volume horaire passe en revanche à 4 620 heures :
| Type d’enseignement | Volume |
|---|---|
| Enseignement clinique (stages) | 2 310 h |
| Enseignement à l’IFSI | 1 890 h |
| Travail personnel encadré | 420 h |
Les 59 anciennes unités d’enseignement sont regroupées en 15, réparties dans cinq domaines : sciences infirmières et raisonnement clinique, pratiques cliniques et gestion des risques, prévention et santé publique, communication et coordination, démarche scientifique.
La réforme renforce le raisonnement clinique, la prévention, le numérique en santé et la coordination des parcours. Autre changement majeur : le diplôme est désormais délivré par les universités accréditées, et non plus par l’État via les préfectures de région. Les premières IDE diplômées avec ce nouveau référentiel sortiront en 2029.
Les stages se déroulent dans des structures variées : hôpitaux, cliniques, Ehpad, psychiatrie, urgences, soins à domicile. Cette diversité vous aide à préciser votre projet pendant la formation. Si l’exercice libéral vous attire, demandez un stage auprès d’une infirmière libérale : c’est le meilleur moyen de découvrir la tournée et la relation au domicile.
💡 Pour le détail des changements, lisez notre article sur la réforme de la formation infirmière.
Comment financer une formation infirmier en reconversion professionnelle ?
Le financement est souvent le principal point de blocage. Trois années sans salaire, la plupart des adultes ne peuvent pas se le permettre. Plusieurs dispositifs applicables en 2026 permettent pourtant de suivre la formation sans tout sacrifier. Le bon choix dépend de votre statut au moment de la demande.
| Votre situation | Dispositif | Ce qu’il couvre |
|---|---|---|
| Salariée du privé (CDI ou CDD) | Projet de transition professionnelle (PTP) | Rémunération et frais pédagogiques |
| Toute personne active | Compte personnel de formation (CPF) | Préparation au concours, une partie des frais |
| Demandeuse d’emploi | France Travail | Aides à la formation, maintien d’allocations selon votre situation |
| Étudiante sous conditions de ressources | Bourses sanitaires et sociales de la région | Bourse annuelle |
| Agent de la fonction publique hospitalière | Congé de formation professionnelle ou promotion professionnelle | Indemnité ou maintien de salaire |
Le PTP ou CPF de transition, ancien CIF
Le projet de transition professionnelle a remplacé le congé individuel de formation (l’ancien CIF) le 1er janvier 2019. On l’appelle aussi CPF de transition, car il mobilise votre compte personnel de formation. Il s’adresse aux salariées qui ont 24 mois d’activité salariée, dont 12 mois dans leur entreprise actuelle. Votre dossier est instruit par Transitions Pro, l’association paritaire de votre région.
Son atout majeur : votre salaire est maintenu pendant la formation. Il est pris en charge à 100 % si vous gagnez jusqu’à deux SMIC. Au-delà, il est maintenu à 90 % la première année, puis à 60 %. Selon le rapport 2025 de France compétences, 16 315 PTP ont été financés en 2024, pour un coût moyen de 30 057 € par projet. Le diplôme d’État d’aide-soignant est la certification la plus préparée, signe que la santé est une priorité pour ces commissions.
⚠️ Les dossiers PTP passent en commission, avec un budget limité. Déposez votre demande plusieurs mois avant la rentrée, avec votre confirmation d’inscription en IFSI et un projet argumenté. Vos motivations et la cohérence de votre projet comptent beaucoup dans la décision.
Le CPF, France Travail et les bourses régionales
Le compte personnel de formation peut financer une préparation au concours ou une partie de la formation. Vérifiez sur Mon Compte Formation que la formation visée est bien éligible au CPF. Si vous êtes demandeuse d’emploi, France Travail accompagne les formations vers les métiers en tension, dont celui d’infirmière, et peut vous accorder des aides pendant le cursus.
Les régions financent aussi les formations sanitaires et sociales. Elles prennent souvent en charge les frais de scolarité des demandeuses d’emploi, et versent des bourses dont le montant dépend de vos ressources et de votre situation familiale. En 2024, en Nouvelle-Aquitaine, ces bourses allaient de 1 500 € à 6 600 € par an.
Combien coûte la formation en IFSI pour une personne en reconversion ?
Le coût dépend de votre statut à l’entrée, et beaucoup de candidats le découvrent trop tard. En formation initiale, via Parcoursup, il n’y a pas de frais pédagogiques. Vous payez seulement les droits d’inscription universitaires (178 € en 2025) et la CVEC (105 €).
En formation continue, les frais pédagogiques sont facturés. À l’IFSI de la Côte basque, ils s’élèvent à 7 200 € par an pour la promotion 2026-2029. La région les prend en charge dans la plupart des cas, sauf si vous êtes déjà financée par votre employeur, l’ANFH ou Transitions Pro.
⚠️ Une salariée qui entre en IFSI sans prise en charge validée peut devoir payer elle-même toute l’année de scolarité. Faites confirmer votre financement par écrit avant la rentrée.
Pendant vos stages, vous toucherez des indemnités, mais elles restent modestes : 36 € par semaine en première année et 60 € en troisième année, selon une question écrite déposée à l’Assemblée nationale en 2026. Elles ne remplacent en aucun cas un salaire.
Les solutions dans la fonction publique hospitalière
Les agents de la fonction publique hospitalière ont deux leviers. Le congé de formation professionnelle, ouvert après trois ans de services, permet de suivre une formation longue avec une indemnité versée pendant une partie de la durée. La promotion professionnelle, financée par l’employeur, est très utilisée par les aides-soignantes hospitalières qui veulent devenir infirmières. En contrepartie, l’établissement demande souvent de s’engager à y travailler un certain temps après le diplôme.
Anticipez toutes ces démarches dès votre admission en IFSI. Certaines aides doivent être demandées avant la rentrée, et un dossier incomplet peut vous faire perdre une année.
Reconversion professionnelle pour devenir infirmière : que racontent celles qui ont sauté le pas ?
Les parcours de reconversion sont rarement en ligne droite. Certaines entrent dans le métier après une première carrière, d’autres le quittent puis y reviennent. Trois infirmières libérales racontent leur trajectoire à La Ruche.
D’agricultrice à infirmière libérale : le témoignage de Muriel
Avant de faire le choix de la reconversion pour devenir infirmière en 2017, Muriel était agricultrice. À 37 ans, elle décide de changer de profession. Elle nous raconte pourquoi elle a fait ce choix qui a changé sa vie :
« Avant de devenir infirmière, j’étais agricultrice, spécialisée dans l’élevage de chevaux et la gestion d’un centre équestre. J’ai toujours eu un grand intérêt pour les soins aux chevaux et j’aimais beaucoup les relations que je pouvais établir avec mes élèves cavaliers. La transition vers le métier d’infirmière s’est donc faite de manière très naturelle pour moi. Pour l’anecdote, je perfusais et soignais des chevaux avant de m’occuper d’êtres humains, et je dois dire que c’était souvent plus délicat ! Depuis avril 2022, je me suis installée en tant qu’infirmière libérale, et je peux affirmer aujourd’hui que je ne regrette absolument pas cette nouvelle vie professionnelle.«
Prestataire de santé à domicile à infirmière libérale : le témoignage de Pauline
Pauline a un parcours atypique ! Avant de sa reconversion professionnelle pour devenir infirmière libérale, elle était prestataire de santé à domicile et responsable de son agence. Elle nous raconte pourquoi elle est retournée vers l’exercice de la profession infirmière après le confinement (post-covid) en 2020 :
« J’ai commencé ma carrière en tant qu’infirmière en onco-hématologie à l’hôpital, avant de passer brièvement au secteur libéral. Par la suite, j’ai choisi de quitter les soins infirmiers pour devenir prestataire de santé à domicile. En 2019, je suis devenue responsable de mon agence de prestation de santé. Puis, avec l’arrivée du Covid, travailler uniquement pour la rentabilité de mes supérieurs a commencé à poser des problèmes éthiques pour moi. L’ambiance, la compétition et l’absence d’éthique chez certains collègues ne me convenaient pas. C’est donc sans regret que j’ai démissionné pour revenir à ce que je sais faire de mieux : prendre soin des patients dans leur environnement et travailler à mon compte en tant qu’infirmière libérale. Grâce à mon expérience en oncologie, je maîtrise parfaitement les soins techniques, et mon passage en prestation de santé à domicile m’a familiarisée avec le matériel adapté aux soins infirmiers à domicile. Je suis également à l’aise dans l’organisation des liens entre la ville et l’hôpital. Et je contacte les prestataires de soins à domicile en fonction des besoins de mes patients. Pour l’anecdote, il y a quelques semaines, un patient souffrant de troubles psychiatriques n’avait donné aucun signe de vie pendant plusieurs jours. Le gardien a refusé d’ouvrir la porte, m’informant que le patient possédait une arme chez lui. Résultat : trois camions de pompiers, quatre voitures de police, une intervention digne du GIGN pour un patient qui voulait simplement dormir et ne pas être dérangé parce qu’il était fatigué… Le mot de la fin : une fois qu’on a été infirmière, on peut tout faire !«
De responsable Hygiène, Sécurité et Environnement dans l’industrie automobile à infirmière : le témoignage de Marie
Marie était responsable Hygiène, Sécurité et Environnement dans l’industrie automobile. Après un burn-out, elle décide de changer de voie professionnelle. Voici son témoignage :
« Je suis infirmière depuis 7 ans et infirmière libérale depuis 4 ans. Auparavant, j’étais responsable Hygiène, Sécurité et Environnement dans l’industrie automobile. Après un burn-out, j’ai entrepris un travail sur moi-même et décidé de reprendre mes études. Je ne regrette absolument pas cette décision ! Le lien entre ces deux parcours ? Le contact humain. J’aime apprendre à connaître les gens, comprendre leurs problématiques et leurs pathologies, les aider dans leur quotidien, fournir des formations et de l’éducation thérapeutique, identifier les risques et mettre en place des actions de prévention… »
Ces trois parcours ont un point commun : le libéral. Il permet de retrouver la relation au patient dans la durée, à domicile, avec une organisation que l’on choisit. Ce n’est pas un hasard si tant d’infirmières en reconversion choisissent de devenir infirmière libérale après quelques années d’expérience.

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Quelle reconversion est possible pour une infirmière ?
Vous êtes déjà IDE et vous cherchez autre chose ? Les options de reconversion se rangent en trois familles : changer de poste en gardant votre métier, vous spécialiser grâce à un master ou un diplôme complémentaire, ou changer de profession grâce aux passerelles. Avant de trancher, un bilan de compétences vous aide à voir ce que vous voulez garder de votre métier actuel, et ce que vous voulez laisser.
| Votre objectif | Pistes principales | Formation complémentaire |
|---|---|---|
| Garder le soin, changer de rythme | Consultation, cabinet médical, santé scolaire, libéral | Aucune ou courte |
| Évoluer dans le soin | IPA, IADE, Ibode, puéricultrice, cadre de santé | 1 à 2 ans |
| Transmettre | Formatrice IFSI, enseignante STMS | Diplôme de cadre ou concours |
| Changer de profession | Médecine, kiné, sage-femme, psychologue, pharmacie | 3 à 8 ans |
Poste infirmier en horaires réguliers et administratif
Pour celles qui veulent préserver leur vie personnelle, plusieurs postes offrent des horaires de journée, sans nuits ni week-ends : consultation hospitalière, cabinet médical, santé scolaire, santé au travail, ou fonctions administratives comme la coordination de parcours et la gestion des risques. Ils ne demandent en général pas de nouvelle formation diplômante. Nous les détaillons dans notre article [Marre d’être infirmière : que faire ?](LIEN À AJOUTER).
Reconversion infirmière petite enfance : devenir puéricultrice
La spécialisation de puéricultrice est la voie naturelle pour travailler auprès des enfants de 0 à 6 ans et de leurs familles. Elle est ouverte aux titulaires du diplôme d’État d’infirmier ou de sage-femme, ainsi qu’aux étudiantes en dernière année. Selon l’école de puéricultrices du CHU de Lille, la formation dure environ un an, soit 1 500 heures de cours, de travaux dirigés et de stages. L’admission se fait sur dossier, puis sur une épreuve orale où vous présentez votre projet.
La puéricultrice exerce en maternité, en néonatalogie, en pédiatrie, en PMI ou en crèche. Elle peut aussi diriger un établissement d’accueil du jeune enfant. Une infirmière non spécialisée peut travailler en crèche, mais ce diplôme facilite l’accès à la direction de ces structures.
Reconversion infirmière formation et enseignement
Transmettre son expérience est l’une des reconversions les plus fréquentes. Pour devenir formatrice en IFSI, la voie classique passe par le diplôme de cadre de santé. Pour entrer en institut de formation des cadres de santé (IFCS), il faut quatre ans d’exercice à temps plein dans votre métier d’origine. La formation dure 42 semaines en alternance, et de nombreux instituts proposent de la coupler à un master, par exemple en ingénierie des formations en santé.
Le diplôme de cadre de santé ouvre aussi la voie au management d’équipe en établissement de santé. Il demande un vrai goût pour l’organisation et la conduite de projets, avec moins de contact avec les patients.
Reconversion infirmière prof STMS
Les sciences et techniques médico-sociales (STMS) s’enseignent en lycée, notamment dans la filière ST2S et dans les formations du sanitaire et social. Votre expérience du soin y est un vrai atout pour les élèves qui préparent les concours paramédicaux. Pour devenir titulaire, il faut réussir un concours de l’enseignement (CAPET ou CAPLP STMS), en général préparé dans un master MEEF parcours STMS en INSPE. Ce master prépare à la fois au concours et aux stages en établissement scolaire.
Avant de vous engager dans deux années d’études, un poste de contractuelle vous permet de tester le métier. Contactez le rectorat de votre académie, qui recrute régulièrement dans cette discipline.
Reconversion infirmière dans le social
L’accompagnement social attire les IDE qui ont travaillé en psychiatrie, en addictologie ou auprès de publics précaires. Les diplômes d’État d’assistant de service social, d’éducateur spécialisé ou de conseiller en économie sociale et familiale se préparent en instituts de formation en travail social. Votre diplôme d’infirmière peut vous valoir des allègements de formation, à négocier avec l’établissement. Vous pouvez aussi rester infirmière dans une structure sociale ou médico-sociale : centres d’hébergement, équipes mobiles précarité, permanences d’accès aux soins de santé.
Reconversion infirmière bien-être et esthétique
Le bien-être séduit de nombreuses infirmières : sophrologie, hypnose, naturopathie, réflexologie. Ces pratiques ne font pas partie des professions de santé réglementées. Les formations sont très inégales, et le titre obtenu n’a pas la valeur d’un diplôme d’État. Choisissez un organisme reconnu, idéalement inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles.
L’esthétique demande encore plus de vigilance. Selon l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, les injections de toxine botulique ou d’acide hyaluronique sont des actes médicaux, réservés aux médecins. Les infirmières diplômées d’État n’ont pas le droit de réaliser des injections à visée esthétique, quel que soit le produit. Elles peuvent en revanche pratiquer l’épilation au laser ou à la lumière pulsée, après une formation obligatoire.
⚠️ Méfiez-vous des formations « injections esthétiques pour infirmières » vendues en ligne. Pratiquer ces actes vous exposerait à des poursuites pour exercice illégal de la médecine et à des sanctions de l’Ordre.
Reconversion infirmière pharmacie
Deux pistes existent. La première : devenir pharmacienne grâce à la passerelle de l’arrêté du 24 mars 2017, qui permet aux IDE d’entrer directement en deuxième ou troisième année des études de pharmacie (voir plus bas). La seconde : rejoindre l’industrie pharmaceutique en gardant votre diplôme, comme attachée de recherche clinique, infirmière de recherche clinique, formatrice produits ou chargée d’information médicale. Ces postes valorisent votre connaissance des actes médicaux et des traitements, et offrent souvent des horaires de bureau.
Quelles passerelles sont possibles pour une infirmière ?
Les passerelles permettent aux infirmières d’accéder à d’autres professions de santé sans repartir de zéro. Elles reposent sur des textes précis, et les places sont limitées. Voici celles à connaître.
Passerelle infirmier médecine
L’arrêté du 24 mars 2017 modifié permet de candidater en deuxième ou troisième année de médecine si vous avez un diplôme d’État d’auxiliaire médical qui sanctionne au moins trois années d’études supérieures. Le diplôme d’État d’infirmier fait partie des diplômes éligibles. Le texte n’exige aucune durée d’exercice.
La sélection se fait en deux temps. Un jury examine d’abord les dossiers et en retient au plus deux fois le nombre de places ouvertes. Les candidats retenus passent ensuite un entretien. Les universités publient leurs attendus au moins un mois avant la date limite de dépôt, qui tombe souvent au printemps. Le nombre de candidatures autorisées est limité sur l’ensemble de votre parcours, et les places sont rares. Comptez ensuite au moins huit à dix années d’études pour exercer comme médecin.
Passerelle infirmier dentiste
Le même arrêté ouvre l’accès aux études d’odontologie, en deuxième ou troisième année. Les conditions et la procédure sont les mêmes : dossier, entretien et nombre de places fixé par chaque université. Le projet est long, puisque le diplôme d’État de docteur en chirurgie dentaire se prépare en six ans au minimum. Votre expérience des soins techniques et de l’hygiène est un atout reconnu par les jurys.
Reconversion infirmière sage-femme
La maïeutique fait aussi partie des filières prévues par l’arrêté de 2017. L’admission en deuxième année est possible sur dossier et entretien. Une expérience en maternité, en néonatalogie ou en gynécologie renforcera nettement votre candidature. Si vous voulez accompagner les familles sans repartir pour de longues années d’études, la spécialisation de puéricultrice, présentée plus haut, est une alternative plus courte.
Passerelle infirmier kiné
Depuis l’arrêté du 2 septembre 2015, les infirmières diplômées d’État peuvent entrer directement en institut de formation en masso-kinésithérapie (IFMK), sans passer par la première année universitaire. La formation dure alors quatre ans au lieu de cinq, soit huit semestres et 240 ECTS. L’admission se fait sur dossier et entretien, avec très peu de places par institut. Certains IFMK tiennent compte des unités d’enseignement déjà validées en IFSI.
Passerelle infirmier paramédical : ergothérapie, psychomotricité et autres
D’autres passerelles concernent les professions paramédicales. Les instituts d’ergothérapie et de psychomotricité réservent des places aux titulaires d’un diplôme d’auxiliaire médical, selon des modalités propres à chaque établissement. Ces métiers attirent les IDE qui veulent travailler sur l’autonomie et la rééducation, avec un rythme souvent plus régulier qu’à l’hôpital. Renseignez-vous auprès de chaque institut : les conditions d’accès et les dispenses varient beaucoup.
Comment préparer un dossier de passerelle ?
La qualité du dossier fait la différence, car les jurys reçoivent beaucoup plus de candidatures qu’il n’y a de places. Il comprend en général :
- la copie de votre diplôme ;
- la preuve de vos trois années d’études supérieures (ou 180 ECTS) ;
- une lettre de motivation adressée au doyen ;
- une déclaration sur l’honneur sur vos éventuelles inscriptions passées en PASS ou en LAS.
Lisez attentivement les attendus publiés par chaque université : ils indiquent ce que le jury veut voir.
Votre lettre doit relier votre expérience d’infirmière au métier visé. Citez des situations concrètes, montrez ce que vous avez déjà appris auprès d’autres professionnels, et expliquez comment vous financerez vos années d’études. Pour l’entretien, préparez-vous à défendre la cohérence de votre projet et votre capacité à reprendre un rythme universitaire exigeant.
Quel master faire après un diplôme d’infirmier ?
Votre diplôme d’État est reconnu au grade de licence. Il vous permet de candidater sur dossier à de nombreux masters. Le choix dépend de votre projet : rester dans le soin avec plus de responsabilités, encadrer, enseigner ou changer de discipline.
Les diplômes infirmiers de grade master
Trois formations mènent à un diplôme d’État de grade master tout en restant dans le soin.
Infirmière en pratique avancée (IPA)
Le diplôme se prépare en deux ans à l’université. Il existe cinq mentions :
- pathologies chroniques stabilisées et soins primaires ;
- oncologie et hémato-oncologie ;
- maladie rénale chronique et dialyse ;
- psychiatrie et santé mentale ;
- urgences.
Pour exercer comme infirmière en pratique avancée, il faut au moins trois années d’expérience d’infirmière.
Infirmière anesthésiste (IADE)
La formation dure 24 mois et confère le grade master depuis 2012. Pour passer le concours, il faut deux années d’exercice en équivalent temps plein.
Infirmière de bloc opératoire (Ibode)
La formation dure deux ans (120 ECTS) et confère aussi le grade master. Le concours est ouvert dès l’obtention du diplôme, même si quelques années d’expérience sont recommandées.
Master MOSS, management et santé publique
Le master MOSS (management des organisations sanitaires et sociales), et plus largement les masters de management des organisations, préparent aux fonctions de direction : coordination d’un service, direction d’Ehpad, pilotage de projets dans un établissement sanitaire coordinateur. Ils conviennent aux infirmières qui veulent quitter le soin direct sans quitter le secteur. Les masters de santé publique ouvrent quant à eux sur la prévention, l’épidémiologie et les politiques de santé, en ARS, à l’Assurance Maladie ou dans les associations.
Les masters en sciences de l’éducation ou en ingénierie de la formation complètent bien un projet de formatrice. Beaucoup se suivent en formation continue, à distance ou en alternance, et peuvent être financés par le CPF ou par le plan de développement des compétences de votre employeur.
Reconversion infirmière psychologue
Le titre de psychologue est protégé. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, pour le porter, il faut une licence de psychologie et un master en psychologie qui comprend un mémoire de recherche et un stage professionnel. Votre diplôme d’infirmière ne remplace pas la licence de psychologie, mais certaines universités valident vos acquis pour vous faire entrer en cours de licence. Comptez au minimum quatre à cinq ans d’études. Une fois diplômée, vous devrez vous enregistrer au répertoire RPPS auprès de l’ARS.
Si vous voulez rester au plus près de la santé mentale sans repartir pour un long cursus, la mention psychiatrie et santé mentale du diplôme d’IPA mérite d’être étudiée sérieusement.
Quelle reconversion envisager pour une infirmière libérale ?
L’infirmière libérale qui veut se reconvertir a des besoins particuliers. Elle a souvent bâti une patientèle, investi dans un cabinet et organisé sa vie autour de sa tournée. Changer de voie ne veut pas forcément dire tout arrêter du jour au lendemain.
La première piste consiste à faire évoluer votre exercice. Le diplôme d’IPA mention pathologies chroniques stabilisées vous permet d’exercer en pratique avancée en libéral, en lien avec les médecins traitants de votre secteur. Vous pouvez aussi devenir formatrice, accueillir des étudiantes en stage ou vous investir dans la coordination des soins de votre territoire, par exemple au sein d’une CPTS (communauté professionnelle territoriale de santé). Ces missions vous donnent de nouvelles responsabilités tout en gardant votre ancrage libéral.
La deuxième piste consiste à réduire votre activité. Un contrat de collaboration ou un remplacement régulier vous libère du temps pour une formation, un master à distance ou un projet personnel. Votre activité libérale finance alors votre reconversion.
Enfin, si vous décidez de quitter le libéral, préparez la transmission de votre patientèle. La cession du droit de présentation de la patientèle se prépare plusieurs mois à l’avance, pour trouver la bonne successeure et valoriser votre travail. Notre article sur la cession du fonds libéral infirmier détaille les étapes.
Notre mot de la fin : Parfois, le chemin vers une carrière satisfaisante peut prendre des détours inattendus. ? « Il n’est jamais trop tard pour être ce que vous auriez pu être. » George Eliot




