La relation entre une infirmière libérale et ses patients est un paradoxe moderne : elle se construit dans l’intime (le domicile, la maladie, la dépendance), mais elle s’exerce dans un système de soins sous tension (vieillissement, pénuries médicales, retour précoce à domicile après chirurgie). Notre baromètre 2026, basé sur 2 263 répondants IDEL, met des chiffres précis sur trois réalités qui cohabitent : une patientèle très majoritairement chronique, un niveau de satisfaction et de confiance exceptionnellement élevé, et un climat d’incivilités devenu trop banal. Ce triple constat dit quelque chose de profond : la confiance dans les infirmières libérales tient, mais les conditions qui la rendent possible s’effritent.
En résumé
- L’IDEL est au cœur de la prise en charge chronique et d’une partie croissante des suites post‑opératoires et des situations palliatives.
- La satisfaction et la confiance restent exceptionnellement élevées, en cohérence avec l’image très positive de la profession dans les baromètres d’opinion.
- La tension relationnelle monte, avec une banalisation des incivilités.
- Le temps est la variable la plus sensible : c’est lui qui protège la qualité, la sécurité… et souvent la relation.
Une patientèle d’abord… chronique, et de plus en plus complexe
Premier enseignement massif : 98,1% des répondants déclarent une patientèle majoritairement chronique (2 166/2 209). Ce chiffre résonne fortement avec la trajectoire démographique française : le vieillissement de la population et l’augmentation des maladies chroniques installent la prise en charge au long cours comme cœur du système. La France compte aujourd’hui une part croissante de personnes âgées, et les politiques publiques poussent explicitement au « virage domiciliaire » : soigner plus, plus tôt, plus longtemps… à domicile.
Notre baromètre met en évidence deux marqueurs de complexité clinique :
- 52,5% des IDEL rapportent une patientèle post-opératoire importante (1 159/2 209). Ce résultat colle à une tendance documentée : la chirurgie ambulatoire s’est imposée comme standard dans de nombreuses spécialités, avec des sorties plus précoces, donc un besoin accru de relais infirmier (pansements, injections, surveillance, éducation, coordination). Autrement dit : la « récupération » se fait de plus en plus chez le patient, et l’IDEL devient une pièce maîtresse de la sécurité du retour à domicile.
- 17,5% des IDEL déclarent une patientèle en soins palliatifs (387/2 209). Là encore, cela recoupe l’évolution des prises en charge de fin de vie : davantage de patients souhaitent finir leur vie chez eux, et les structures hospitalières et médico-sociales ne peuvent absorber seules la demande. Les IDEL se retrouvent au carrefour de l’accompagnement clinique, humain, et familial, souvent dans l’urgence, parfois dans l’isolement.
La pédiatrie (1,5%) reste marginale dans ce baromètre, ce qui n’est pas surprenant : l’activité libérale est fortement structurée autour de la dépendance, des soins techniques et du suivi chronique à domicile.
Ce que révèle ce profil 2026 : l’IDEL n’est pas seulement « l’exécutant du soin prescrit ». Elle devient gestionnaire de trajectoire, au long cours, dans une médecine où l’hôpital se recentre sur l’aigu et où la ville absorbe le reste.

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Satisfaction : quasi-plébiscite… et signal de qualité rarement atteint dans les services
Deuxième enseignement : vos patients sont perçus comme massivement satisfaits.
- 46,2% « très satisfaits » ;
- 52,8% « plutôt satisfaits » ;
- 1% d’insatisfaction (0,5% plutôt + 0,5% très).
Autrement dit : 99% de satisfaction déclarée par les IDEL interrogées !
Même en tenant compte d’un possible biais de perception (ce sont les IDEL qui répondent, pas les patients), un tel niveau dit quelque chose de rare dans le champ des services : la satisfaction n’est pas seulement correcte, elle est structurellement élevée. Cela s’explique par une caractéristique propre aux soins infirmiers à domicile : la valeur ressentie ne tient pas uniquement au geste technique, mais à la combinaison ponctualité + continuité + pédagogie + présence humaine. C’est précisément là que la médecine « industrialisée » est la plus fragile.
Cette satisfaction est d’autant plus remarquable que, dans beaucoup d’autres secteurs de la santé, les enquêtes montrent une hausse des irritants : délais, difficulté d’accès, sentiment de déshumanisation. Le domicile, lui, reste un espace où l’expérience patient peut redevenir lisible : un visage, un prénom, une régularité.
Confiance : une note moyenne de 4,48/5, quasi sans dispersion
Le chiffre le plus impressionnant du baromètre est peut-être celui-ci : 4,48/5 de confiance moyenne, médiane à 5, écart-type 0,55. Concrètement, cela signifie deux choses :
- La confiance est extrêmement haute.
- Elle est homogène : il n’y a pas de « fracture » majeure entre des IDEL très confiées et d’autres en difficulté.
Dans le détail :
- 50,7% des répondants évaluent la confiance de leurs patients à 5/5 ;
- 47,1% à 4/5. ;
- seulement 2,2% à 3/5 ;
- quasiment personne en dessous.
Cette solidité de la confiance correspond aussi à ce que mesurent régulièrement des baromètres nationaux : les infirmières figurent de longue date parmi les professions les plus appréciées et les plus crédibles en France (notamment dans les enquêtes d’opinion grand public menées par des instituts comme IPSOS ou Odoxa, et reprises par la presse nationale). Le message est clair : quand la société doute, elle continue de croire en ses soignants de proximité.
Mais cette confiance a un coût : elle repose sur un investissement émotionnel et relationnel considérable, rarement comptabilisé, rarement rémunéré, et parfois mis à l’épreuve.
Le revers : les incivilités ne sont plus l’exception, elles deviennent la toile de fond
C’est ici que le baromètre 2026 bascule dans le réel : l’exercice libéral n’échappe pas à la montée des tensions.
- 16,6% : jamais
- 50,8% : rarement
- 30,6% : parfois
- 2% : souvent
Donc 83,4% ont déjà subi au moins « rarement » des incivilités ou agressions verbales/physiques, et 32,6% en subissent « parfois » ou « souvent ».
Ce résultat s’inscrit dans un mouvement documenté par les observatoires et rapports publics sur les violences en santé : les agressions et incivilités augmentent dans de nombreux lieux de soins (hôpital, structures, cabinets). La nouveauté, c’est que le domicile n’est pas une bulle. L’infirmière libérale intervient dans des contextes de fatigue, de précarité, d’addictions, de troubles cognitifs, de tensions familiales : autant de facteurs de risque. Et elle le fait souvent seule.
Contradiction centrale 2026 : on peut être hautement respecté et régulièrement exposé à des comportements agressifs. La confiance n’empêche pas la violence ; parfois, elle la rend même possible, parce que l’IDEL est « celui/celle à qui l’on peut tout dire », y compris mal.
Le temps réel du soin : 15 à 30 minutes, la zone d’équilibre… fragile
Le baromètre documente aussi un paramètre déterminant : le temps consacré par patient, soins et échanges compris.
- 59,1% : 15 à 30 minutes
- 39% : moins de 15 minutes
- 2% : 30 à 45 minutes
Ce temps n’est pas une donnée neutre : c’est là que se joue la qualité du soin… et la prévention des complications. Les prises en charge chroniques et post-opératoires nécessitent souvent de faire plus que « l’acte » : observer, expliquer, vérifier l’adhésion au traitement, repérer une décompensation, coordonner avec le médecin. Quand le temps glisse sous les 15 minutes, la relation peut tenir, mais la marge de sécurité se réduit.
Or, la pression d’activité et les contraintes économiques poussent naturellement vers l’optimisation des tournées. Le paradoxe est que la satisfaction et la confiance que vous observez semblent liées à la capacité de maintenir un minimum de temps d’échange. En clair : la confiance est une production quotidienne, pas un acquis.

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Accès à la patientèle : le “bouche-à-oreille” écrase le reste, le numérique reste minoritaire
Autre signal intéressant : la dynamique d’acquisition de nouveaux patients : 73% disent trouver facilement de nouveaux patients, 27% non. Et surtout, parmi ceux qui en trouvent :
- 66,2% via le bouche-à-oreille ;
- 26,2% via le réseau (médecins, pharmaciens…) ;
- 4,5% via des plateformes de prise de rendez-vous ;
- 3% autres.
Ce résultat est un marqueur fort : malgré la numérisation du quotidien, la recommandation reste le moteur principal. Le soin infirmier libéral fonctionne encore comme un « marché de confiance » : on ne choisit pas une IDEL comme on choisit un prestataire. On la choisit parce que quelqu’un a déjà éprouvé sa fiabilité.





