À la sortie de l’hôpital, tout peut se jouer en quelques jours. Le patient rentre chez lui avec un changement de traitement et, très souvent, une consigne simple en apparence : « surveiller la tension » parfois quotidiennement au démarrage. Sur le terrain, cette demande ouvre pourtant une série de questions très concrètes : 🔎 est-on dans le cadre de l’AMI 5,8 ? Où se situe la frontière entre une véritable séance de surveillance clinique post-hospitalisation et une simple prise de constantes ? Qu’impose exactement la NGAP en matière de protocole, de fiche de surveillance et de transmissions au médecin traitant sous 48 heures ? Et surtout, quels faux pas éviter : majorations interdites, cumuls impossibles, nombre de séances plafonné ? C’est ce que La Ruche vous propose de décrypter dans cet article afin de sécuriser la cotation surveillance tension et changement de traitement dans le cadre strict de la NGAP.
La cotation AMI 5,8 pour la surveillance de l’insuffisance cardiaque
En NGAP, l’AMI 5,8 ou AMX 5,8 (facturé 18,27€) correspond à une séance à domicile de surveillance clinique et de prévention réalisée à la suite d’une hospitalisation pour :
- un épisode de décompensation d’insuffisance cardiaque, ou
- une exacerbation de BPCO.
C’est un point essentiel : l’AMI 5,8 n’est pas “la cotation d’une prise de tension”. C’est la cotation d’un suivi post-hospitalisation structuré, qui vient en complément du suivi médical après la sortie.
Dans ce contexte, la tension artérielle est un paramètre important, mais elle s’intègre à une surveillance globale : état clinique, poids, dyspnée, œdèmes, tolérance et effets indésirables des traitements, etc. C’est ce cadre qui correspond le mieux à l’intention de recherche “cotation surveillance tension changement de traitement” lorsqu’il s’agit d’un retour d’hospitalisation avec adaptation thérapeutique.

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La confusion fréquente : AMI 5,8 vs AMI 1,2 vs AMI 1
Si la demande est “surveillance tension et changement de traitement”, la tentation est de chercher une cotation “prise de TA”. Pourtant, l’AMI 5,8 correspond à une situation très encadrée : post-hospitalisation pour IC/BPCO, avec programme de suivi et obligations de transmission.
Dans une situation hors hospitalisation récente, ou sans document de sortie/protocole, on n’est généralement pas dans le périmètre de l’AMI 5,8, même si la surveillance tensionnelle est médicalement pertinente. On se retrouve alors dans des actes plus simples (type AMI 1 ou AMI 1,2 selon la prescription et le contenu réel).
Le repère le plus fiable est donc : AMI 5,8 = suivi post-hospitalisation IC/BPCO structuré, et non “simple surveillance tensionnelle”.
Les critères d’éligibilité du patient pour cette cotation
Pour être dans les clous de l’AMI 5,8, il faut pouvoir retrouver plusieurs critères clés.
1️⃣ D’abord, le critère déclencheur : le patient sort d’une hospitalisation pour décompensation d’insuffisance cardiaque ou exacerbation de BPCO. Sans cet épisode hospitalier, on sort du cadre spécifique de l’AMI 5,8.
2️⃣ Ensuite, les séances doivent s’inscrire dans un programme de suivi infirmier mis en place en complément du suivi médical. Le suivi est réalisé selon un protocole thérapeutique et de surveillance figurant dans le document de sortie adressé au médecin traitant et aux professionnels de santé désignés par le patient. En pratique IDEL, cela signifie qu’il est indispensable d’avoir accès à ce document (ou à ses éléments structurants), car il conditionne le contenu du suivi, son rythme et les conduites à tenir.
3️⃣ Enfin, il existe une condition souvent oubliée : la facturation de l’AMI 5,8 est conditionnée à la formation continue des IDEL à ce suivi post-hospitalisation.
Le protocole de soins
L’AMI 5,8 est un acte “protocolaire” : la séance se déroule selon le protocole thérapeutique et de surveillance prévu à la sortie. C’est exactement ce qui sécurise la prise en charge après un changement de traitement : on surveille, on éduque, on dépiste, et on transmet.
Ce que la séance peut comprendre selon le protocole
La séance inclut, selon le protocole :
- Éducation du patient et/ou de l’entourage : objectifs de la surveillance, signes d’alerte, conduite à tenir, organisation des traitements au quotidien. C’est souvent là que l’on “évite la rechute” : le patient comprend pourquoi il doit se peser, comment repérer une aggravation, et quand contacter les soignants.
- Vérification de l’observance des traitements et des mesures hygiéno-diététiques, ainsi que l’adhésion du patient. Après un changement de traitement, les erreurs sont fréquentes (confusion de boîtes, double prise, arrêt en cas d’effet indésirable, prises mal réparties sur la journée).
- Surveillance des effets, de la tolérance et des effets indésirables : la surveillance tensionnelle prend ici tout son sens. Une TA “basse” n’a pas la même portée si le patient est asymptomatique ou s’il présente vertiges et malaise, surtout après adaptation thérapeutique.
- Vérification de la bonne utilisation des dispositifs d’auto-mesure tensionnelle et, si nécessaire, de l’oxygénothérapie.
- Contrôle des constantes cliniques et de l’état général : la NGAP cite notamment le poids, les œdèmes, la pression artérielle, la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire, la cyanose, les sueurs, la dyspnée, et l’état général.
- Participation au dépistage des complications de la maladie et des traitements.
Ce que la séance doit inclure obligatoirement dans le dispositif
La séance inclut :
- la tenue d’une fiche de surveillance ;
- la transmission des informations au médecin traitant dans les 48 h, par voie électronique sécurisée.
Sur le terrain, c’est l’un des points les plus “différenciants” par rapport à une surveillance simple : la traçabilité et la transmission dans un délai cadré font partie intégrante du dispositif.
Rythme et durée : un suivi encadré
La NGAP ne laisse pas ce suivi post-hospitalisation se faire “à la carte”. Le programme prévoit une première visite dans les 7 jours après la sortie, puis au moins une visite hebdomadaire pendant au moins deux mois. Ensuite, le rythme peut être adapté en fonction du protocole figurant dans le document de sortie. La prise en charge est prévue pour 4 à 6 mois en insuffisance cardiaque (et jusqu’à 6 mois pour les formes sévères de BPCO, stade II et suivants), avec un plafond de 15 séances au maximum.
PRADO : le contexte le plus fréquent en pratique
Le retour à domicile post-hospitalisation est très souvent organisé via le dispositif PRADO infirmier (notamment pour l’insuffisance cardiaque). Le PRADO facilite la coordination et la mise en place rapide du suivi, mais le point clé pour la cotation reste identique : l’AMI 5,8 se justifie si l’on est bien dans un suivi post-hospitalisation IC/BPCO réalisé selon le protocole du document de sortie, avec fiche de surveillance et transmission sous 48 h.
Les majorations applicables
La NGAP précise un point très important : les majorations de nuit et de jours fériés ne peuvent pas être cotées à l’occasion de l’AMI 5,8. C’est un piège classique, car beaucoup d’actes à domicile ouvrent habituellement droit à majoration selon l’horaire ; ici, ce n’est pas autorisé.
Les cas concrets de cotation
Cas 1 - Décompensation d’insuffisance cardiaque : retour à domicile, diurétique ajusté, suivi post-hospitalisation
Le patient sort avec un protocole de surveillance : poids, TA/FC, œdèmes, dyspnée, tolérance, et consignes d’alerte. L’IDEL tient une fiche de surveillance et transmet au médecin traitant sous 48 h via messagerie sécurisée. Dans ce cadre, la cotation AMI 5,8 correspond pleinement à la situation “surveillance tension et changement de traitement”.
Cas 2 - Exacerbation de BPCO : oxygénothérapie et surveillance respiratoire, plus contrôle des constantes
Le protocole de sortie prévoit l’éducation, l’observance, la surveillance des effets/indésirables, la vérification de l’oxygénothérapie, et le contrôle de constantes (FR, dyspnée, cyanose, sueurs… et éventuellement TA/FC). Fiche et transmissions sous 48 h. L’AMI 5,8 est également cohérente dans ce cadre BPCO.
Cas 3 - Changement d’antihypertenseur par le médecin traitant, sans hospitalisation récente
La demande porte sur la tension et la tolérance, mais il n’y a pas d’hospitalisation récente pour IC/BPCO ni de document de sortie/protocole post-hospitalisation. Même si la surveillance est utile, la situation ne correspond pas au cadre strict de l’AMI 5,8 : il faut coter dans un autre cadre NGAP, selon les actes réellement réalisés.
Cas 4 - Patient post-hospitalisation IC, mais sans fiche de surveillance ni transmissions dans les 48 h
Le contexte est bon, mais les exigences du dispositif ne sont pas respectées. C’est une situation à risque : l’AMI 5,8 est difficile à défendre. La bonne pratique est de mettre en place immédiatement la fiche de surveillance et un circuit de transmissions sécurisées conforme au délai prévu.






