
Depuis quelques années, un nouveau traitement a fait son entrée dans la prise en charge du VIH : la bithérapie en traitement injectable à libération prolongée. Avec l’arrivée de ces spécialités en officine de ville, certaines personnes vivant avec le VIH peuvent, si elles sont éligibles, remplacer la prise régulière de comprimés par des injections tous les deux mois. Et, mécaniquement, les IDEL peuvent être amenées à assurer une partie de ce parcours, en cabinet ou au domicile.
Derrière la "simple injection", il y a en réalité un enjeu très concret : tenir un calendrier précis, sécuriser le suivi, repérer les situations à risque, et accompagner des patients souvent très informés… mais qui attendent aussi une prise en charge fluide, rassurante, et sans jugement.
Quels sont les nouveaux traitements injectables pour le VIH ?
Quand la situation est stable, on peut proposer un allègement thérapeutique : la HAS décrit plusieurs options possibles en situation de succès virologique (dont des schémas intermittents 4–5 jours/semaine ou des bithérapies, orales ou injectables), avec une logique commune : conserver l’efficacité d’un traitement antirétroviral tout en allégeant la contrainte.
Cabotegravir + rilpivirine : la bithérapie injectable “tous les 2 mois”
La bithérapie la plus emblématique associe cabotegravir (Vocabria®) et rilpivirine (Rekambys®). Elle se fait par injection intramusculaire (IM) dans la région fessière, avec deux injections réalisées le même jour, sur deux sites distincts. Le schéma comprend une phase de mise en place, puis une administration d’entretien tous les deux mois, avec une fenêtre de tolérance de ± 7 jours autour de la date prévue.
Ce cadre n’est pas un détail : au-delà de la fenêtre, la conduite à tenir change et une réévaluation (souvent hospitalière) est nécessaire, notamment pour éviter une période de "queue pharmacologique" à risque de résistance si le schéma est mal sécurisé.
Et le lénacapavir ?
Autre mot-clé qui remonte beaucoup : lénacapavir (Sunlenca®). Il s’agit aussi d’un traitement innovant, mais son usage est très différent : il est indiqué, en association avec d’autres antirétroviraux, chez des adultes vivant avec un VIH-1 multirésistant quand il est autrement impossible de construire un schéma suppressif. Il est administré en injection sous-cutanée (SC), avec une logique de prise en charge plutôt “cas complexes” que routine de ville.
👉 À retenir : traitement injectable ne veut pas dire même indication ni même organisation. Cabotegravir/rilpivirine = VIH contrôlé et calendrier bimestriel IM. Lénacapavir = VIH multirésistant, stratégie spécialisée, injection SC.
Quels patients peuvent bénéficier de ces injections ? (et pourquoi cela peut être un vrai soulagement)
Ces approches concernent des personnes vivant avec le VIH en situation de succès virologique : dans la pratique, on parle d’une charge virale indétectable et d’un système immunitaire reconstitué ou en voie de stabilisation (avec des critères médicaux précis, et notamment l’analyse de l’histoire thérapeutique et des résistances).
En France, on estime qu’en 2023 il y avait environ 181 000 personnes vivant avec le VIH (≥15 ans) ; parmi les personnes traitées, la charge virale est indétectable chez ~97 % (seuil <200 copies/mL).
Pour certains patients, les bénéfices sont très concrets : moins de rappels quotidiens, moins d’exposition involontaire (comprimés vus par un tiers), parfois une meilleure respiration psychologique. L’article infirmiers.com insiste sur cette idée de liberté aux patients : ils peuvent, dans certains cas, oublier davantage la maladie dans le quotidien, à condition que l’organisation suive.
👉 Ce qui change vraiment : on passe d’une observance quotidienne à une observance de rendez-vous. C’est différent, pas forcément plus simple, mais souvent vécu comme un soulagement pour les patients.
Quelles sont les recommandations de la Haute Autorité de Santé ?
La Haute Autorité de Santé publie des recommandations sur l’adaptation du traitement antirétroviral en situation de succès virologique : elles cadrent les conditions d’allègement, les points de vigilance et la nécessité d’anticiper le risque d’échec virologique.
Sur le plan médico-économique, la HAS a également évalué Vocabria/Rekambys : dans ses avis, elle indique notamment l’absence d’amélioration du service médical rendu par rapport aux alternatives disponibles (ASMR V), tout en reconnaissant la place possible dans la stratégie selon les profils et préférences, ce qui renvoie beaucoup à la qualité de vie et à l’organisation du suivi.
Côté santé publique, le contexte reste important : en 2023, le nombre de découvertes de séropositivité VIH est estimé à près de 5 500 en France.
Comment se déroule l’administration des injections en pratique (ville / IDEL) ?
Phase de mise en place : l’hôpital garde la main au départ
Même si les produits sont disponibles en ville, l’instauration se fait en général à l’hôpital : décision médicale concertée (éligibilité, résistances), consultation initiale, explications, puis organisation du relais. Souvent, la première injection (M1) est réalisée en milieu hospitalier ; la suivante peut être faite en ville, et certains patients passent par une courte phase orale préalable pour vérifier la tolérance.
Rôle de l’infirmier libéral : sécuriser, vérifier, programmer
En ville, l’IDEL ne se contente pas d’exécuter : elle revalide l’ordonnance et le protocole, confirme la compréhension du patient, et surtout cale la mécanique du suivi. Dans l’article, un IDEL explique qu’il programme le rendez-vous suivant de manière à garder une marge dans la fenêtre autorisée, et recommande des rappels au patient (agenda/téléphone).
Point clé : la fenêtre ± 7 jours n’est pas une suggestion. Si le patient la dépasse, il peut devoir repasser par l’équipe hospitalière pour un relais per os / une conduite à tenir spécifique.
IM ou SC : deux logiques techniques
- Injection intramusculaire : typique du duo cabotegravir/rilpivirine, deux injections le même jour (sites distincts), plutôt sur site ventroglutéal recommandé.
- Injection sous-cutanée : plutôt associée à d’autres stratégies comme le lénacapavir, dans des indications ciblées (VIH multirésistant).
Le geste : ce qu’il faut savoir (sans se noyer dans la technique)
Les documents de référence et les retours terrain convergent sur quelques points simples à retenir.
D’abord, une dose complète de cabotegravir/rilpivirine implique deux injections IM lors de la même visite, chacune sur un site distinct. L’ordre d’injection n’est pas déterminant. Le produit est relativement visqueux (volume de l’ordre de quelques mL), d’où l’intérêt d’une injection lente et d’un patient bien installé, muscle détendu.
Ensuite, l’IMC compte : chez certaines corpulences, une aiguille plus longue peut être nécessaire pour atteindre correctement le muscle. L’article infirmiers.com mentionne par exemple une longueur d’aiguille de 50 mm au-delà d’un IMC de 30, ce qui illustre bien l’idée : adapter le matériel à l’anatomie.
Enfin, la logistique : certains protocoles recommandent de sortir la rilpivirine du réfrigérateur avant l’administration, pour l’amener à température adaptée (et éviter d’ajouter une contrainte le jour J).
👉 En pratique IDEL : la meilleure sécurité reste la coordination. Si le centre prescripteur a un protocole écrit, c’est celui-là qui fait foi, et il vaut mieux s’y aligner que “bricoler” un standard.

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Quels sont les avantages des injections pour les patients ?
On pourrait résumer en une phrase : moins de charge mentale au quotidien, mais plus d’exigence sur l’organisation.
Pour des patients stabilisés, les injections peuvent apporter une vraie sensation de reprise de contrôle : moins de stigmates (plus de boîte de comprimés, moins de prise à cacher), parfois une vie sociale/pro plus simple, et une prise en charge qui s’inscrit dans un rythme de soins clair. C’est précisément ce que l’article décrit quand il parle de liberté aux patients.
Sur le plan clinique, l’objectif est de conserver l’efficacité du traitement antirétroviral, de limiter les ruptures, et donc de contribuer à la réduction de la morbidité liée au VIH sur le long terme (dans un contexte où les comorbidités cardiovasculaires, métaboliques, rénales, etc., pèsent de plus en plus dans le suivi).
Comment fonctionne l’injection préventive contre le VIH ? (à ne pas confondre)
La logique est différente : on parle de traitement préventif (prophylaxie pré-exposition) pour réduire le risque d’infection, pas de traiter une infection déjà présente. En France, la HAS a rendu un avis favorable au remboursement pour APRETUDE (cabotegravir) dans l’indication PrEP chez les adultes et adolescents à haut risque (≥35 kg).
À intégrer dans l’article, c’est utile, mais en le cadrant : traitement injectable du VIH (PVVIH) ≠ injection préventive / PrEP injectable (personnes séronégatives).
Quels sont les risques associés aux traitements injectables ?
Effets indésirables et complications locales
Les effets indésirables les plus attendus sont souvent locaux (douleur, gêne au site d’injection). Ce n’est pas anodin pour le confort, et cela mérite d’être anticipé avec le patient (consignes simples, normalisation, repères d’alerte).
Résistance VIH : le vrai risque invisible de ce traitement injectable
Le sujet le plus stratégique, c’est la résistance si le schéma est interrompu ou mal respecté, d’où l’importance d’un suivi médical coordonné, et d’une réactivité en cas de retard important. Certaines recommandations de suivi thérapeutique (notamment en cas de facteurs de risque) soulignent l’intérêt de surveiller et d’anticiper ces situations.
Risque de transmission au soignant : faible, mais on ne joue pas avec
Le risque de transmission professionnelle du VIH est devenu extrêmement faible, mais il ne faut pas le banaliser. La surveillance historique recense 14 séroconversions professionnelles documentées au 31 décembre 2021, dans un contexte où les matériels sécurisés et les stratégies post-exposition ont profondément réduit les contaminations.
👉 Message simple à garder : pas de prise de risque. Précautions standard, matériel sécurisé, conduite AES connue de l’équipe. C’est ce qui évite les complications.
Facturation IDEL : une base pour ne pas se tromper
Pour sécuriser le raisonnement, on peut s’appuyer sur les règles générales : la NGAP prévoit, pour le traitement à domicile d’un patient immunodéprimé ou cancéreux, l’injection intramusculaire ou sous-cutanée : AMI 1,5.
Et l’article 11B rappelle la règle de cumul : le 1er acte à taux plein, le 2e à 50 % (hors dérogations).

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Et demain ? Un rôle IDEL qui dépasse l’injection
L’article projette déjà la suite : au-delà des injections bimestrielles, les IDEL auront probablement un rôle croissant dans le parcours global des PVVIH (prévention, vaccination, comorbidités, bilans), parce que le VIH est devenu une maladie chronique et que le suivi s’inscrit sur des décennies.
Les traitements injectables ne sont pas “juste” une nouveauté pharmaceutique. Ils déplacent l’équilibre du suivi : moins de comprimés, mais plus d’organisation. Dans ce modèle, l’IDEL apporte une valeur très concrète : sécuriser la technique, le calendrier, la relation et la coordination. Et, pour certains patients, c’est exactement ce qui rend possible cette “nouvelle liberté”.
Sources
- VIH : avec les thérapies injectables, les IDEL offrent une nouvelle liberté aux patients
- Traitement préventif post-exposition au VIH






