
La prise en charge du patient stomisé ne consiste pas seulement à changer une poche. Au retour de l’hôpital, le patient doit apprendre à observer sa stomie, protéger sa peau, gérer son matériel et reprendre progressivement ses activités. L’infirmière libérale l’accompagne pendant cette période délicate. Elle réalise les soins prescrits, surveille la cicatrisation, repère les complications et aide le patient à gagner en autonomie. Elle prend aussi en compte son alimentation, son hydratation, son image corporelle et ses inquiétudes. Comment organiser les soins de stomie à domicile ? Quels signes doivent alerter l’IDEL ? Comment aider le patient à retrouver une vie sociale ? Faisons le point.
Qu’est-ce qu’une stomie ?
Une stomie correspond à une ouverture que le chirurgien crée au niveau de l’abdomen afin de permettre l’évacuation des selles ou des urines. Il relie une partie de l’intestin ou des voies urinaires à la peau. Le patient porte ensuite une poche de stomie qui recueille les effluents. La stomie présente généralement une couleur rose ou rouge, un aspect humide et une forme légèrement saillante. Elle ne provoque normalement pas de douleur au toucher. En revanche, la peau qui l’entoure, appelée peau péristomiale, reste sensible aux irritations.
Certains patients parlent d’« anus artificiel » ou simplement de « poche ». Le terme stomie reste toutefois plus précis. Il ne faut pas non plus confondre une poche de stomie avec une poche gastrique, qui désigne généralement une intervention de chirurgie bariatrique. La stomie peut rester temporaire, par exemple le temps de laisser cicatriser une partie de l’intestin. Elle peut aussi devenir définitive lorsque le chirurgien ne peut pas rétablir le circuit naturel.
Colostomie, iléostomie, urostomie : quelles différences ?
La colostomie relie une partie du côlon à l’abdomen. La consistance des selles varie selon l’emplacement de la stomie. Une colostomie gauche produit généralement des selles plus moulées et moins fréquentes. Le patient peut alors utiliser une poche de colostomie fermée ou vidable.
L’iléostomie relie l’extrémité de l’intestin grêle à la peau. Elle produit souvent des selles liquides ou pâteuses, riches en enzymes digestives. Ces effluents irritent rapidement la peau lorsqu’ils passent sous le support. Le patient utilise généralement une poche d’iléostomie vidable.
L’urostomie permet, quant à elle, d’évacuer les urines lorsque la vessie ne peut plus remplir cette fonction.
Plusieurs maladies peuvent conduire à la création d’une stomie digestive : cancer colorectal, maladie de Crohn, rectocolite hémorragique, occlusion, perforation intestinale ou diverticulite compliquée. L’IDEL adapte donc son accompagnement à la maladie initiale, au type de stomie et aux traitements associés.
Comment fonctionne une poche de stomie ?
La poche recueille les selles ou les urines tandis que son support adhésif protège la peau.
Un appareillage en une pièce réunit la poche et le support. Le patient retire tout le dispositif à chaque changement. Avec un appareillage en deux pièces, le support reste en place pendant que le patient change uniquement la poche.
Le choix du type d’appareillage dépend de nombreux éléments : forme et emplacement de la stomie, consistance des effluents, plis de l’abdomen, état cutané, dextérité et habitudes de vie du patient.
Il n’existe donc pas de poche universelle. Lorsque le patient rencontre des fuites répétées, l’IDEL recherche leur cause avant d’ajouter des accessoires. Elle peut solliciter une infirmière stomathérapeute afin de réévaluer le support et l’appareillage.
Opération et cicatrisation : que surveiller au retour à domicile ?
Pendant les premières semaines, la stomie présente souvent un œdème. Son diamètre diminue progressivement. L’IDEL mesure régulièrement sa base et ajuste la découpe du support.
Une ouverture trop large laisse les effluents atteindre la peau. Une ouverture trop étroite comprime la stomie et favorise les frottements. Le support doit donc suivre le contour de la stomie sans l’étrangler.
Lors de la première visite, l’IDEL réalise une anamnèse et un recueil de données complets.
Elle observe ensuite :
- la couleur, le relief et la taille de la stomie ;
- la cicatrisation et la jonction entre la stomie et la peau ;
- l’état de la peau péristomiale ;
- la quantité et la consistance des effluents ;
- l’étanchéité de la poche ;
- l’état général, le poids et l’hydratation du patient ;
- son niveau d’autonomie et son vécu psychologique.
Cette première évaluation permet à l’IDEL de définir les priorités de la prise en charge.

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Comment réaliser les soins de stomie ?
L’IDEL prépare tout le matériel nécessaire avant de retirer la poche : nouvel appareillage, gabarit de mesure, ciseaux, compresses ou linge doux, accessoires prescrits et sac à déchets.
- Elle retire délicatement le support en maintenant la peau pour limiter les tractions. Elle observe l’envers de l’adhésif afin de rechercher des traces de fuite, puis elle examine la stomie et la peau péristomiale.
- Elle nettoie la zone avec de l’eau tiède, puis la sèche par tamponnement. Elle évite les antiseptiques systématiques, les produits alcoolisés et les corps gras, qui peuvent irriter la peau ou empêcher le support d’adhérer. Un savon doux sans parfum peut convenir lorsque le protocole le prévoit, à condition de bien le rincer.

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L’IDEL mesure ensuite la stomie si sa taille évolue encore. Une photo de la stomie peut faciliter le suivi d’une lésion ou d’une complication. L’IDEL demande l’accord du patient, utilise un outil professionnel sécurisé et ne conserve pas l’image dans la galerie personnelle de son téléphone.
Quelles complications l’IDEL doit-elle repérer ?
Les irritations de la peau figurent parmi les problèmes les plus fréquents. Elles peuvent provenir d’une fuite, d’une mauvaise découpe, de changements trop fréquents ou d’un support inadapté. L’IDEL recherche la cause avant de traiter uniquement la rougeur.
Une stomie peut également se rétracter, former un prolapsus ou s’accompagner d’une hernie autour de l’orifice. Ces modifications compliquent souvent l’appareillage et nécessitent un avis spécialisé.
L’IDEL alerte rapidement le médecin ou le chirurgien lorsqu’elle constate :
- une stomie très pâle, violacée, grise ou noire ;
- un saignement important ou persistant ;
- une douleur nouvelle, de la fièvre ou des vomissements ;
- un abdomen gonflé associé à un arrêt inhabituel des effluents ;
- une désunion entre la stomie et la peau ;
- des selles soudainement très abondantes ;
- des signes de déshydratation ;
- une perte de poids rapide ou inexpliquée.
Chez un patient iléostomisé, des selles très liquides et abondantes peuvent entraîner d’importantes pertes d’eau et de sodium. L’IDEL surveille alors la soif, la fatigue, les vertiges, les urines rares ou foncées et l’évolution du poids.
Comment accompagner le patient vers l’autonomie ?
L’éducation thérapeutique du patient occupe une place centrale dans les soins de stomie. L’objectif ne consiste pas à effectuer durablement tous les gestes à sa place, mais à l’aider à gérer progressivement son appareillage.
L’IDEL peut commencer par lui proposer de préparer le matériel ou de vider sa poche. Elle l’accompagne ensuite dans le retrait du support, le nettoyage, la surveillance de la peau et la pose du nouvel appareillage.
Lorsque le patient ne peut pas devenir totalement autonome, l’IDEL associe un proche avec son accord. Elle continue toutefois à valoriser tout ce qu’il peut accomplir seul.
La stomathérapeute complète cet accompagnement. Elle aide notamment à choisir le support, résoudre les difficultés d’appareillage et prévenir les complications. L’IDEL la sollicite face à des fuites persistantes, une peau très lésée, une stomie plane ou rétractée ou une modification importante de la morphologie.
Alimentation, activité physique et vie sociale
Une stomie n’impose pas automatiquement un régime strict. Après l’opération, le patient réintroduit progressivement les aliments selon les recommandations médicales et sa propre tolérance. L’IDEL évite de fournir une longue liste d’aliments interdits. Elle conseille plutôt au patient de manger lentement, bien mâcher et observer les effets de chaque aliment sur son transit, les gaz et les odeurs.
💡 Elle surveille également l’hydratation et la perte de poids, surtout en présence d’une iléostomie. Une restriction alimentaire excessive peut favoriser la fatigue et la dénutrition.
Après la cicatrisation et avec l’accord de l’équipe médicale, le patient peut reprendre une activité physique progressive. Il commence souvent par la marche et demande conseil avant les efforts intenses, les sports violents ou le port de charges lourdes.
➡️ Le patient peut aussi voyager et se baigner. Il prépare une trousse de secours et garde plusieurs changes dans son bagage à main. Un maillot de bain adapté ou une mini-poche peuvent améliorer son confort, sans constituer une obligation.
Psychologie, image corporelle et estime de soi
Le patient doit parfois faire le deuil de son corps d’avant. Il peut ressentir de la tristesse, de la colère, de la honte, du dégoût ou une peur constante des fuites.
Il n’existe pas de parcours psychologique identique pour toutes les personnes stomisées. Certaines regardent rapidement leur stomie. D’autres ont besoin de plusieurs semaines pour l’accepter ou la toucher.
L’IDEL respecte ce rythme. Elle emploie un vocabulaire neutre, valorise les progrès et aborde avec tact la vie sociale, affective et intime. Lorsque le patient s’isole durablement ou présente une grande souffrance, elle l’oriente vers son médecin, un psychologue ou une association de patients stomisés.
Ces associations permettent d’échanger avec des personnes qui vivent des situations similaires. Elles apportent des conseils concrets sur le travail, les vêtements, les voyages ou la sexualité, en complément du suivi médical.
Une stomie réduit-elle l’espérance de vie ?
La stomie ne permet pas, à elle seule, d’évaluer l’espérance de vie. Le pronostic dépend surtout de la maladie qui a nécessité l’intervention, de l’état général du patient, de ses traitements et des éventuelles complications.
De nombreuses personnes vivent pendant des années avec une stomie et retrouvent une vie active, sociale et professionnelle. La qualité de l’appareillage, l’éducation et le suivi contribuent largement à cette adaptation.
FAQ
Quel est le rôle infirmier auprès d’un patient stomisé ?
L’IDEL réalise les soins prescrits, surveille la stomie et la peau, repère les complications, accompagne le patient vers l’autonomie et coordonne les professionnels.
À quelle fréquence faut-il changer une poche de stomie ?
Le rythme dépend du type d’appareillage, des effluents, de la peau et des recommandations de la stomathérapeute. Le patient change immédiatement le dispositif lorsqu’il constate une fuite.
Peut-on manger normalement avec une stomie ?
La plupart des patients retrouvent progressivement une alimentation variée. Ils adaptent leurs repas à leur tolérance et aux consignes de leur équipe médicale.
Quand contacter une stomathérapeute ?
L’IDEL sollicite son expertise face à des fuites répétées, une irritation persistante, une stomie rétractée, un prolapsus ou un appareillage difficile à maintenir.




