Infirmière libérale : de Paris à Rouen

idel à rouen

Florie est IDEL en en Normandie depuis quelques années. Avant, elle exerçait dans le 92 et a connu entre temps plusieurs modes d’exercice et plusieurs cabinets infirmiers. Elle nous dévoile son parcours et ses conseils pour s’épanouir dans son quotidien d’infirmière libérale aujourd’hui.  

Cette interview est retranscrite de l’émission Live Instagram « Happy IDEL » du jeudi 29 octobre 2020 diffusée sur le compte Entre Infirmière Libérales.

De l’hôpital à l’installation en libéral

Comment es-tu devenue infirmière libérale ?

Je voulais devenir médecin, mais médecine c’était compliqué, alors j’ai arrêté et fait une école d’infirmière. J’ai travaillé en milieu hospitalier durant 4 ans. J’ai fait de la réanimation à la Pitié Salpêtrière en chirurgie cardio-thoracique et en réanimation polyvalente. Le hic, c’est que j’étais victime d’harcèlement moral par ma cadre de service et j’en ai parlé avec un ami ostéopathe. Il m’a proposé de m’installer avec lui puisqu’il ouvrait son cabinet. Finalement, à la suite de la nuit des attentats du Bataclan où j’ai travaillé, j’ai eu un déclic et je l’ai suivi.

Au départ, je n’y connaissais rien, mais je me suis installée en libéral et cela s’est fait au fur et à mesure. Puis ça a bien marché. Je ne m’étais pas du tout renseignée, j’ai commencé par les papiers auprès de l’ordre infirmier. On a fait un tour pour trouver un local à louer pour mon ami et cela s’est enchainé. Je n’ai même pas eu le temps de réfléchir et cela s’est fait assez vite.

Aujourd’hui, la seule chose qui me manque de l’hôpital ce sont les soins de réa.

Comment as-tu atteint ta vitesse de croisière avec ton cabinet ?

Je ne me rendais pas bien compte. Mais un ami Idel m’a aidé, j’ai fait des cartes de visites et je suis allée dans les pharmacies, voir les médecins, les autres cabinets. Niveau financier, au bout de trois mois je gagnais plus qu’à l’hôpital et au bout d’un an, j’ai compris que je gagnais beaucoup plus qu’à l’hôpital !

Je voulais avoir mon propre cabinet. Donc j’ai travaillé 6 mois d’affilé, seule. Je ne rechignais devant aucun type de soins. Je n’ai pas eu de jour de repos et je ne voulais pas de remplaçante car je voulais consolider mon activité avant de trouver une deuxième personne. J’ai atteint un stade où j’ai réalisé qu’il fallait poster une annonce puis les choses se sont bien déroulées ensuite.

Je ne connaissais pas l’infirmière remplaçante à la base, mais elle travaillait en réa cardio 2 étages en dessous de moi avant. Le hasard fait bien les choses 😉, alors j’ai directement fait une collaboration avec 3 mois d’essais. Puis ensuite on a fait une semaine sur deux. Cela m’a permis de faire des projets, d’envisager la propriété et j’avais envie d’indépendance, j’avais 27 ans.

J’étais dans le 92, une zone intermédiaire donc on peut s’y installer facilement. Je m’étais présentée aux infirmières du coin. Quand j’y pense, j’étais hors de la réalité et j’ai lancé mon truc et cela a marché ! Cela ne m’a pas paru compliqué, ça m’a paru plus compliqué de refaire un cabinet par la suite maintenant que je savais comment cela se passait.

As-tu fait des contrats ?

Oui toujours, c’est obligatoire. Je connais des gens qui ont remplacé et n’ont pas été payés et l’infirmière ne donnait pas de nouvelles derrière… Pour ma remplaçante, tout était écrit dans le contrat comme « quand je devais la payer », etc… Cela me parait normal, le contraire est incroyable.

De la région parisienne à la campagne normande

Tu as ensuite décidé de partir de région parisienne ?

Cela va faire rire des IDEL, car on est très souvent démarchés par des assureurs. J’ai rencontré mon compagnon qui était courtier en assurances par le biais d’une amie. Il était à Rouen et au départ on ne savait pas si cela allait marcher et au bout d’un an et demi j’ai décidé que je le rejoignais à la campagne !

Comment s’est passé la revente de ton cabinet infirmier ?

Au bout d’un an et demi, j’avais vendu des parts à ma collègue et je lui ai demandé si elle voulait racheter la totalité des parts. Elle n’en avait pas les moyens et c’est finalement notre remplaçante qui a racheté les 50% qui restaient. Elles ont tout de suite dit oui et cela m’arrangeait. Elles travaillent bien donc j’étais rassurée de leur confier mon affaire, mon bébé quoi.

Tu quittes Paris et là qu’est-ce que tu fais ?

Au départ, c’était compliqué car je ne savais pas ou m’installer. Le problème : c’est qu’il n’y a pas de locaux à la campagne. J’ai donc dû louer une maison et effectuer des travaux pour me rapprocher des normes de cabinet le plus possible. Mais au bout de 4 mois, mes charges étaient élevées, je payais encore des charges sur mon activité du 92 alors j’ai arrêté. J’étais donc prête à faire des remplacements à Rouen. Après quelques temps, une fille avait posté une annonce car elle cherchait une autre infirmière pour monter un cabinet à Rouen. Là, je me suis dit parfait ! Donc j’ai monté avec elle mon 3ème cabinet. Je suis restée 10 mois avec elle mais cela n’a pas marché. J’ai donc revendu mes parts et suis partie.  

Via mon conjoint qui connaissait des infirmières libérales par son métier et son entourage, j’ai rencontré une autre infirmière en cabinet proche de Rouen. Visiblement, cela ne se passait pas très bien non plus pour elle mais le courant passait bien entre nous. Nos conjoints respectifs nous ont suggéré alors de nous installer ensemble et depuis mars 2020 notre nouveau cabinet marche très bien ! J’en suis donc à mon quatrième cabinet. Nous sommes dans une petite ville proche de Rouen.

As-tu vu des différences de tournée de soins entre Paris et la Normandie ?

Je trouve que cela ressemble beaucoup à la ville où j’étais dans le 92. Je fais 140 km en voiture, mais sans les bouchons. Les soins ne sont pas différents, par contre, les gens sont beaucoup moins stressés, beaucoup plus tranquilles. Je suis moi aussi moins stressée, cela m’a fait du bien.

Combien de temps on met pour atteindre sa vitesse de croisière ?

Je dirais qu’à la campagne c’est plus long : on met 1 an et demi, voire 2 ans avant que cela ne marche bien. En ville, au bout de 6 mois, tu arrives à te dégager un bon salaire et au bout d’un an tu es bien.

Après tout dépend de ta vision des soins avec tes collègues, moi j’ai quitté l’hôpital, car j’en faisais trop. Je ne quitte pas l’hôpital pour faire de l’industrie à domicile. J’ai besoin de discuter et de prendre le temps avec mes patients, on fait 50 à 55 passages par jour. J’en connais qui font 90 patients par jour, bravo à eux, mais je ne pourrais pas.  

Infirmière libérale remplaçante ou titulaire ? Tu préfères quoi ?

Quand tu as ton cabinet et que tu passes au remplacement, ça colle ou pas. Malheureusement, je n’étais pas à ma place, car j’avais besoin de me sentir investie, à fond et à la fin, le cabinet ce n’est pas le tien donc tu ne décide pas…

Quand tu es titulaire, tu as beaucoup de casquettes, j’aime bien. Au début c’était difficile de coter les soins, l’aspect financier, j’ai du tout apprendre et j’ai un ami IDEL qui m’a beaucoup aidé. Je l’appelais au départ 5x par jour puis au fur et à mesure c’est venu. C’est important de bien s’entourer. J’ai d’ailleurs pris une comptable, car ce n’est pas mon truc. Je fais le strict minimum.  

Quels conseils donnes-tu pour la cessation de cabinet ?

Dans le 92, la vente s’est faite vite. Au niveau du prix, j’ai demandé à ma comptable : combien je peux vendre mon cabinet infirmier ? et elle m’a expliqué. On prend le chiffre d’affaires global (on peut faire une moyenne sur 3 ans) et tu prends 30% de ce chiffre. Evidemment, si la personne négocie en face, il faut trouver une somme où on s’y retrouve. Cela se vend vite, car le travail est déjà fait.

Côté local, dans le 92, on s’entendait bien avec certains médecins qui devaient intégrer une maison de santé. Ma collègue qui a racheté est restée dans le même local, on a juste changé de bail et plus tard elle a intégré la fameuse maison de santé. Ce qu’il y a de plus dur selon moi, c’est quand même de trouver un local aux normes. Donc même si on y exerce peu, c’est parfois un investissement pour le mettre aux normes, attention à ce point et à la difficulté à en trouver. Cela dépend de votre région.

Est-ce simple de s’intégrer avec les professionnels de santé quand on débarque ?

Je connais 2-3 cabinets et on déjeune d’ailleurs avec une IDEL, une amie de ma collègue qui a été de très bon conseil pour notre installation. On a également une pharmacie de référence, ça se passe bien.

Je pense que c’est important de venir se présenter auprès des autres infirmières. Alors attention, bien sûr, pour certains tu leur piques du terrain… mais pour moi, certaines étaient accueillantes, car il y a du travail ici et d’autres m’envoyaient sur les roses, tempi.

Je n’ai pas fait d’étude de marché. J’avais mon associée qui connaissait bien cette fameuse IDEL qui nous a conseillées de nous installer là. Il faut se renseigner auprès des infirmières sympas que tu connais. Attention, certains peuvent aussi te dire qu’il n’y a pas de taf alors qu’il y en a… :p Ensuite, la carte de zonage donne un bon aperçu de l’activité. On peut aussi aller voir les médecins et pharmaciens. Mais on ne peut être sûr de rien. Quand j’étais à la campagne, il y avait un seul cabinet dans ma zone, et je me suis dit cool, je vais bosser, mais pas du tout, et cela a été très dur…

Un message à adresser à la communauté des Idel ?

Si vous comptez vous installer en libéral avec une amie, il faut vraiment que vous ayez la même vision du soin et le même style de caractère. Dans un cabinet où j’ai été, la collègue était très timide, renfermée et du coup les patients nous comparaient tout le temps. Essayez de trouver quelqu’un qui vous ressemble beaucoup. Et si vous avez des questions, n’hésitez pas, je vous répond sur Instagram avec grand plaisir. 😉 On est là pour s’entraider dans la bienveillance.

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