Fautes et Conséquences, la chronique de Jean-Pascal, infirmier et ambassadeur CBA

Fautes et conséquences

L’infirmière, sans doute plus encore aujourd’hui que par le passé, doit écrire.

Elle trace son travail, élabore des démarches ou des bilans de soin, théorise son activité, et va sans doute être amenée à participer dans le cadre du DMP (Dossier Médical partagé) à synthétiser une situation, analyser un état de santé… Jamais je n’aurais cru ça un jour, mais écrire un coup de gueule pour les fautes d’orthographe ou de conjugaison des autres… Je suis obligé.

 

J’ai déjà essayé remarquez…sur les listes de discussion, lorsque les gens écrivent comme ils parlent, avec les abréviations et les fautes, cela devient illisible, donc incompréhensible. Juste une réflexion aimable en demandant à quelqu’un de se relire avant de partager… En mettant les formes, en toute bienveillance. Et bien on dira qu’en retour, une volée de bois vert m’est tombé dessus, en me demandant pour qui je me prenais pour insulter les autres, pour les rabaisser, les humilier, et j’en passe…

 

Ma réponse fut que le respect de l’autre c’est justement de veiller à ce que le discours soit construit et lisible, et cela passe par un effort, lors de l’écriture, mais aussi par une relecture, nonobstant le respect vis-à-vis de soi-même pour peu que l’on ait un peu de fierté.

Les causes des fautes d’orthographe

Je ne saurais pas analyser les causes de cette carence…flemme ? allergie ?

Cela renvoie de toute manière loin en arrière, à l’école primaire, avec pour chacun un vécu différent, de la crainte d’être pris en faute, de manquer à la règle, de risquer une punition. Avec des maitresses ou maitres d’école aux compétences pédagogiques inégales, et des programmes scolaires évoluant en privilégiant débats et expression orale, et en travaillant sur des photocopies avec des exercices à trous.

 

Du coup aujourd’hui les élèves n’écrivent plus, et ne lisent plus de livres, substitués par les écrans. L’orthographe est déjà un marqueur social en CM2 ! L’infirmière aujourd’hui a un niveau bac + 3 ! Et si faire des fautes n’est en rien, en rapport avec l’intelligence ou la créativité, ne pas en faire renforce la crédibilité du message et la légitimité à parler.

 

Je ne souhaite pas être trop dogmatique, mais condamne le laxisme qui, dans sa conséquence la plus grave à mon sens, est le risque d’erreur.

Le risque d’erreur bien réel

On travaille en équipe forcément, entre infirmières, mais aussi avec des aides-soignantes, et des auxiliaires de vie.

Le risque d’erreur dans la retranscription de données du patient est important, dans son interprétation aussi. Le soin porté à la lisibilité manuscrite l’est tout autant (spéciale dédicace aux médecins prescripteurs et aux formations de graphologie que nous devons suivre pour les déchiffrer !)

 

La faute de conjugaison quasi systématique aujourd’hui est de confondre infinitif (er) et participe passé (é) . (et encore je ne parle pas de la 2eme personne du pluriel (ez)). Rien que l’accord du participe passé, représente 23 % des fautes commises.

Les conséquences de ces fautes dans les transmissions infirmières

La transmission du dossier de soins est par exemple : « Donné médicament » ou bien alors « Donner médicament ». Cela fonctionne aussi à l’envers : « médicament donné ou donner »

On comprend facilement que l’une implique une action faite, l’autre une action à faire. Une erreur potentielle donc d’appréciation des autres intervenants, susceptible de créer une double prise, ou bien une absence. Imaginez une issue pouvant être dramatique, liée à une faute d’orthographe ou de conjugaison !!

 

De toutes les sources d’erreurs au détriment du patient, la plus facile à mes yeux à éliminer, est bien de veiller à un discours exempt de fautes. Et que cela soit manuscrit ou informatique.

Quelles solutions pour éviter les erreurs ?

-La relecture, bien sûr à condition d’être apte à identifier la faute ! (On dit aussi double contrôle, en pharmacie par exemple)

-La règle mnémotechnique :

On procède par substitution de verbe. On remplace le verbe concerné par le verbe « prendre », verbe du 3eme groupe

« Pris médicament » et « prendre médicament » aucune erreur possible. Du coup le sens trouvé permet de choisir la finalité du verbe, et sa bonne orthographe. Cela fonctionne pour toutes les situations où on hésite en « er » infinitif et « é » participe passé.

Conséquences d’un point de vue juridique

Après discussion avec le service juridique du Sou Médical de la MACSF, il n’y a pas de statistiques directement liées à une transmission contestable, en rapport avec une mauvaise orthographe ou conjugaison. Ils n’ont pas affiné ce critère sur ce type de dysfonctionnement. Jusqu’à présent…

 

Néanmoins, depuis la loi Kouchner, les patients sont mieux protégés en cas d’erreur médicale, et les procédures augmentent en nombre. Aujourd’hui, lors d’un litige, on prend comme postulat : « non tracé = non fait ». Il faut donc, non seulement écrire sur le support adéquat, mais le faire avec soin.

 

Une transmission ciblée (rôle propre de l’infirmière ; art R 4312-28 du code de la santé publique), doit être concise et précise, sans jugement. En cela les formations en ETP (éducation thérapeutique du patient), aident à analyser les situations et retranscrire correctement les données en donnant des outils adaptés.

 

Donc pour conclure, l’infirmière trace son travail par écrit, cela devient presque un pré requis au soin, et le développement du DMP, va accentuer son volume. Elle devra le faire de façon pertinente et élaborée, il faudra donc soigner son texte et le sens de celui-ci.

 

Et enfin LA solution aux fautes d’inattention, la relecture et faire l’effort d’utiliser des règles mnémotechniques adaptées.

Moi-même, j’utilise absolument tout le temps le correcteur orthographique de mon logiciel, mais je mets un point d’honneur, par la relecture, à produire un message exempt de fautes ou le moins possible !!!!!

L’excuse de mon fils : « j’ai écrit à l’arrache » !!!!!!

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