Le Prénom – La chronique de Jean-Pascal infirmier et ambassadeur CBA

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Peut-être parce que mon prénom « n’était pas comme tout le monde » y ai-je attaché une importance particulière.

Jusqu’à l’âge adulte, je n’avais pas rencontré d’autres personnes qui portaient le mien, jusqu’à ce qu’un jeune homme intégrant une émission de télé crochet célèbre ait une notoriété qui l’amènera à chanter une chanson en hommage à son prénom : Jean-Pascal. Mes jeunes patients m’avaient alors pas mal charrié, en m’appelant « l’agitateur » (cf. : la chanson de Jean-Pascal).

Le prénom, dans beaucoup de pays du monde, est utilisé pour désigner une personne d’une manière unique, associé à son nom, qui lui, est partagé, hérité… On peut en avoir plusieurs, pour rendre hommage au grand-père, la grand-mère. Celui-ci, peut-être composé : c’est-à-dire deux prénoms rattachés par un trait d’union.

En 1966, une loi libéralise le choix du prénom, jusque-là, contraint par une liste, arrêtée par l’État civil. En 1981, la Cour de cassation remet le choix du prénom dans les mains des parents, à condition qu’il soit dans l’intérêt de l’enfant. Il ne doit pas être jugé ridicule. Depuis 1993, plus aucune contrainte ! L’officier d’État civil ne peut que signaler au procureur de la république, le risque lié à l’intérêt de l’enfant. On peut même aller jusqu’à utiliser un surnom ou un sobriquet, qui ont pour vocation de raccourcir le prénom et de lui attribuer en général une connotation bienveillante.

Un prénom peut recouvrir, par l’histoire sociale d’un pays ou du monde, une évocation qui limitera son usage : par exemple, le tragique destin du « Petit Grégory », ou le génocide d’Adolf, qui ont fait disparaitre des mairies leurs enregistrements. La pièce de théâtre puis le film « le prénom » y consacrent toute la puissance du choix fait par les parents à la naissance de l’enfant.

Dans mon exercice, me servir du prénom me permet, au bout d’un certain moment, d’affirmer ma proximité au patient, d’envelopper sa bulle d’intimité autrement que physiquement, celle qui lui assure toute mon énergie, toute mon attention et ma conscience professionnelle à bien le soigner…

En retour, j’apprécie tout autant lorsque ces mêmes patients m’appellent aussi par mon prénom. Cela témoigne je le crois, d’une forme de confiance. Celle-ci, plus rarement, confine parfois à l’amitié. Car la richesse de notre métier, est de rencontrer les gens, d’apprendre à les connaitre à force de les côtoyer, dans leur entièreté, et cela permet souvent de savoir lire leur histoire, appréhender leur singularité, éprouver leur beauté d’âme. Cette relation particulière, qui pour certains se mérite, se construit au fil du temps…

J’ai pas mal de patients-amis. Mon activité sur la même commune depuis 30 ans y concoure sans doute. Il faut tout de même s’adapter, et de toute manière demander la permission. Chez certaines personnes, en fonction de leur classe sociale, il est impossible de se faire appeler par son prénom, par un « assistant de vie ». Et cela, malgré l’intimité induite par la nature de notre fonction.

Cela m’est arrivé une fois, où je me suis fait sévèrement recadrer par un patient. Propriétaire d’un domaine viticole médocain, très âgé, mais avec toute sa tête, et qui n’a pas supporté que j’imagine appeler sa femme par son prénom. Il est vrai que ce sont parfois des familles qui se vouvoient entre époux et enfants.

C’est une des spécificités de notre métier à domicile, que d’avoir à s’adapter en quelques minutes, à devoir châtier son langage, pour passer de personnes qui ont fait au primaire des chocs anaphylactiques au Becherel, à une famille de châtelains chez qui la syntaxe est un prérequis à toute conversation…

Notre métier nous apprend aussi que le rang social n’a rien à voir, ni avec la gentillesse, ni avec la propreté… Alors évidemment, je ne le fais pas le premier jour, celui où l’on fait connaissance. Ni le deuxième, où l’on conforte une première impression.

Si je passe le pas, c’est que j’en ai envie, je me sens confortable dans ma relation avec le patient. Pour moi appeler les gens par leur prénom, c’est leur faire un câlin, c’est leur assurer toute ma considération, mon estime…Je ne soigne pas différemment par cette approche, mais ce témoignage de sincérité et d’ouverture à l’autre, induit généralement en retour, une appropriation positive de mon discours, mes conseils, mon soin en général.

La limite à cette posture de ma part, est le sentiment d’intrusion voire agression de la part du patient, qui pourrait percevoir cela comme une familiarité déplacée. Pour éviter les faux pas, je compte sur mon intuition, mon expérience liée à 30 années de rencontres, de contacts, une façon empirique de jauger, sans juger l’autre.

Ma grand-mère, du fait de sa dépendance, a fini sa vie en EPHAD. Je trouvais très rigolo de l’entendre raconter ses journées, dans lesquelles elle relatait avec tendresse, les soins de Madame Chantal, ou et les attentions de Mademoiselle Isabelle… C’est comme ça qu’elle appelait les aides-soignantes qui l’assistaient. Elle rajoutait ce titre de civilité au prénom, pour gratifier à l’intimité de sa relation avec la personne, toute la déférence et le respect qu’elle lui vouait.

Au fait, c’est véridique, mon grand-père s’appelait Adolf…

La chronique de Jean-Pascal

Jean-Pascal

Jean-Pascal est infirmier libéral et ambassadeur CBA. Il lui tient à cœur de partager son expertise et ses connaissances avec la communauté. Il nous propose régulièrement sur La Ruche sa chronique piquante et décalée.

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