D’aide-soignante à Paris à infirmière libérale en Gironde

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Sandrine est infirmière libérale en Gironde dans la campagne du Médoc. Vignes, océan et campagne comme cadre de tournée de soins, cela fait rêver, non ? 😊 Active sur Instagram, elle a accepté de participer à notre Live Happy IDEL où elle nous fait découvrir son quotidien en libéral dans la campagne bordelaise.

Cette interview est retranscrite de l’émission Live Instagram « Happy IDEL » du mercredi 12 juillet 2020 diffusée sur le compte Entre Infirmière Libérales.

Tout un parcours jusqu’à l’exercice en libéral

Comment es-tu arrivée en Gironde ?

Sandrine : Je suis originaire de la région parisienne et cela fait 16 ans que je suis arrivée ici, en Gironde. Le temps passe vite ! Je connaissais cette région, car j’y avais de la famille que j’allais voir en vacances.

Avant d’être infirmière, j’étais aide-soignante. Je travaillais aux portes de Paris, au Kremlin-Bicêtre, mais j’aimais la campagne… Le travail était compliqué et je cherchais un cadre plus agréable pour construire une famille. Je me suis tournée vers la campagne avec les bons à côté : l’océan, la montagne pas loin. C’est un bon compromis pour moi.

Et comment es-tu devenue infirmière ?

Je travaillais au sein de l’assistance publique APHP dans un CHU Porte d’Italie. J’ai fait une mutation de CHU à CHU, ce qui me permettait de ne pas perdre mon statut ni mes avantages de fonctionnaire. J’ai envoyé un CV au CHU de Bordeaux et j’ai passé un entretien avec leur DRH. J’ai intégré par la suite le CHU Pellegrin en soins intensifs neurochirurgie.

A 25 ans, j’avais déjà l’idée de devenir infirmière et ma cadre m’a fait faire une formation en parallèle via le GRETA, pour faire une mise à niveau. C’était compté dans mon temps de travail et j’ai fait la prépa, puis l’école d’infirmière, le tout entièrement financé par le CHU !  

Et enfin, comment en es-tu arrivée à l’exercice en libéral ?

Une fois Infirmière Diplômée d’Etat, j’ai fait de l’hôpital Prison, puis de la réanimation et j’ai été maman.

Le contact avec les patients me manquait et la famille aussi. Donc je suis partie chez un prestataire de santé. Je faisais des heures de bureau en semaine et je n’avais plus de travail le week-end. Un gain de temps personnel, mais je ne faisais plus de soins. J’étais infirmière coordinatrice, donc je faisais le lien entre le retour à domicile et l’hôpital, puis j’ai été cadre. Encore moins en lien avec les patients…

Je n’aimais pas trop l’aspect commercial lié à la santé. Cela ne me convenait plus trop et ma meilleure amie qui s’était lancée en libéral avant moi, me travaillait au corps. Ça me rappelait une association pour qui j’avais travaillé en tant qu’aide-soignante, donc je connaissais déjà un peu le libéral et avec ma besta qui me le vendait… ben du coup je me suis lancée !

J’ai fait une rupture conventionnelle et j’ai pris les pages jaunes à l’ancienne pour contacter tous les cabinets infirmiers du coin et j’ai été recrutée comme infirmière remplaçante auprès de 2 cabinets. L’un d’entre eux était un duo, et une des IDEL avait fait une formation de naturopathe. Elle voulait en faire son activité principale, donc elle m’a demandé de s’associer avec elles.

Ça se passe comment dans ton cabinet infirmier ?

L’an dernier en octobre, notre trio s’est défait, car la collègue naturopathe est partie, donc on a retrouvé une remplaçante et on est à nouveau trois. Quand l’une travaille, les deux autres sont en repos. Nous n’avons pas besoin de chercher d’infirmier remplaçant, on se gère et c’est agréable, car c’est dur de trouver de bons remplaçants, fiables, qui ne vous laissent pas tomber et c’est très préoccupant.

Ça nous fait travailler 10 jours, on se voit pour faire le planning des tournées. On commence toujours par répartir les weekends, puis on se pose quelques jours par-ci par-là avec maximum 3-4 jours d’affilée, sauf, durant les congés où cela peut aller jusqu’à 4-5 jours, mais c’est très rare.

Et dirais-tu que tu as atteint un équilibre grâce au libéral entre ta vie pro et perso ?

En travaillant 10 jours par mois, c’est le top ! En plus, on ne fait pas de l’abattage, on aime prendre soin de nos patients, donc on fait des journées où on se lève tôt, (j’habite à 20 minutes du premier patient qui part tôt en dialyse) donc la tournée commence à 6h00/6h30 et se finit vers 12h30/13h00 et on reprend vers 17h00/17h30, car on ne se voit pas coucher les patients à cette heure-ci. Ils doivent pouvoir profiter du côté soins à domicile.

On a fait ce choix par rapport à nos enfants, pour être là à la sortie de l’école et pouvoir checker les devoirs. 10 jours par mois nous donnent une grande possibilité de pouvoir être là pour nos familles. Je ne fais qu’un ou deux weekends par mois et je partage une partie de la journée avec ma famille. Ce qu’il n’y a pas à l’hôpital. Je n’avais pas autant l’impression de profiter, par les mêmes horaires… et je ne fais plus de nuits.

Des tournées rurales et de nouvelles pratiques pour réinventer son cabient infirmier

Et la Gironde, c’est un milieu de tournées de soins rural. Tu en penses quoi ?

Ce qui est cool ici, c’est qu’il n’y a pas de feus tricolores. Pas de grosse circulation comme dans Bordeaux-Centre. Pas de mal à se garer en tournée de soins. Pas de freestyle, ni risque d’avoir des amendes dans mon village. C’est un bonus énorme, car je fais 120km par jour. Je ne suis donc pas en retard.

Ça t’arrive de refuser des patients du coup ?

Oui c’est arrivé, mais c’est rare. Cela arrive pour des prises en charge hors de notre secteur donc pour le confort de nos patients actuels, et pour prendre notre temps sur des soins, on peut refuser.

Les petits soins, on ne refuse jamais, surtout qu’on en propose aussi au cabinet en permanence !

As-tu des anecdotes à partager sur le Médoc en libéral ?

En période des vendages, tous les tracteurs et le travail dans les vignes, ça génère des bouchons, là oui !

En période de gel, il faut savoir qu’on allume des feux autour des vignes pour éviter qu’elles ne gèlent et ça fait de grosses fumées. Autant dire que le matin on part en tournée dans le brouillard ! 😉

Sinon, le fait d’être près de l’océan fait qu’il arrive à certains patients de partir à la plage et de nous oublier… ça arrive !

Tu évoquais sur Instagram avoir mis en place une permanence au cabinet avec tes collègues IDEL ?

Avant, nous partagions notre cabinet avec un médecin qui faisait beaucoup de soins à domicile, donc il n’était pas souvent présent, mais malgré la disponibilité du local, nous n’avions jamais envisagé d’y faire des soins. Un autre médecin du cabinet (ils sont trois) nous a proposé d’investir son local qui était libre, et on a trouvé cela génial pour prendre en charges des patients pour des petits soins. Ça nous laissait la possibilité d’accepter des patients plus lourds.

Quand on l’a annoncé aux patients, ils étaient ravis de ces permanences. Certains, comme ceux qui ont de prises de sang à faire, préféraient venir chez nous plutôt qu’en laboratoire où il y a un monde fou en raison du Covid.  L’attente y est longue et chez nous, il n’y a personne. Les voilà rassurés : il n’y aura que eux dans la salle d’attente ! 🙂

Pour l’instant, cela fonctionne plutôt bien. On fait des permanences le lundi, le mercredi et le vendredi. On verra si on allonge ou pas, pour l’instant on teste. Grâce à Instagram, j’ai pu échanger avec d’autres IDEL qui font des soins au cabinet, ils ne représentent pas la majorité, mais les choses peuvent évoluer, je pense qu’on va de plus en plus encourager les patients à se déplacer à l’avenir…

Et qu’est-ce que cela t’apporte d’échanger avec d’autres IDEL sur Instagram ?

Je n’y pensais pas du tout, c’est mon frère qui m’a donné l’idée, car il avait un compte sur le running. Il m’a suggéré de faire cela avec mon métier. Cela aiderait d’autres gens en libéral, car les gens sont plutôt solo dans cette profession. C’est bien de décharger quand on n’a pas la collègue au bout du couloir et le fait d’échanger sur insta, m’apporte des retours de plein d’autres IDEL plein de conseils et c’est top ! J’ai l’impression d’être moins seule.

Par exemple lors du Covid, on a beaucoup parlé du sas de déconfinement et des astuces de tournées. On s’est tous apporté quelque chose. Cela fait 5 ans que je suis libérale, d’autres sont là depuis plus longtemps et j’apprends aussi, puis je le repartage.

Tu as pu tester la téléconsultation, qu’en penses-tu ?

L’équipe de CBA Informatique m’a proposé de tester leur nouvelle fonctionnalité de coordination de soins. On a testé la technique sur l’application CBA, c’est très simple et c’est ça qui est cool. Je m’en suis servie assez rapidement, car on a certains médecins qui minimisaient la visite à domicile et qui ont compté sur nous pour leur faire des retours sur l’état des patients, ou faire des ordos à distance. J’ai échangé avec eux sur cette appli. Ils n’avaient pas besoin de la télécharger alors ça les arrangeait. On a donc commencé pour échanger avec les patients en téléconsultation.

Nous sommes la seule visite de patients, on rythme leurs journées et leur vie. Avec le Covid, du jour au lendemain ils n’ont plus vu leur médecin, c’est angoissant. La première consultation que j’ai pu faire était dans le but de les rassurer. C’était top, car la médecin était chez elle en visio, et la patiente était contente d’avoir pu voir l’arbuste qu’elle lui avait offert chez elle.

Après j’ai aussi utilisé l’appli pour suivre l’évolution des plaies de mes patients à mon retour de vacances car ça ne bougeait plus. En général, j’envoie des photos, mais en live on échange et j’ai un retour, un diagnostic de suite. Le médecin me dit de mettre le stylet pour voir comment ça s’enfonce, il me guide à distance pour certaines plaies et on décide des protocoles de soins.

Recommandes-tu la téléconsultation ?

Pour moi, c’est un trio gagnant patient/soignant, il y a toujours ce contact, cette relation humaine. Surtout en rentrant de vacances, j’ai vu que des plaies n’ont pas évolué et ça m’a fait du bien d’échanger avec le médecin. Cet aspect binôme me manque parfois en libéral. On a fait plusieurs patients ensemble pour l’évolution des plaies, il n’empêche que cette médecin est allée les voir ensuite. Donc ce n’est pas déshumanisant ! Et puis les patients sont rassurés et contents de nous voir travailler ensemble pour une amélioration de leur prise en charge. J’ai trouvé que cela avait aussi amélioré nos relations avec le médecin.

As-tu un mot à dire à la communauté des IDEL concernant les nouvelles pratiques à mettre en place dans un cabinet ?

On a un groupe Whatsapp avec les infirmiers du Médoc. Certains infirmiers s’y sont dédiés spécialement sur les tournées aux patients Covid. Cela a pu soulager les tournées des autres patients sains. C’est une belle entraide donc on a mis en place une cagnotte pour compenser leur perte de salaire et remercier leur engagement. Le gouvernement ne nous a pas aidé beaucoup. L’information a très mal circulé, mais c’est grâce à l’entraide qu’on a su pour les primes et les aides. L’échange et l’entraide sont importants entre IDEL.

Ensuite, ce n’est pas toujours simple de changer les choses au sein d’un cabinet, de bousculer ses collègues qui fonctionnent avec d’anciens systèmes, surtout pour moi, qui aime les nouvelles technologies et les nouveautés. J’ai Agathe comme logiciel infirmier et c’est simple et rapide. Mais j’ai réussi à les convaincre déjà. Il faut essayer !

Sinon, on a des étudiants avec nous au cabinet, et je pense que c’est pas mal de voir leurs questions et leur vision du métier. On les forme et cela apporte beaucoup aussi.

Enfin, je continue aussi les formations en e-learning sur les stomies par exemple, et en septembre, je fais une formation sur la douleur. C’est super important ! 😊

Vous avez aimé cette interview, retrouvez-là en intégralité ainsi que d’autres interviews sur l’IGTV de notre compte Instagram @entre_infirmieres_liberales. 😉

*Crédit photo : Bordeaux.com

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